[…] La décence impose que d’abord, avant toute joute intellectuelle, on prenne la mesure de ce drame en s’inclinant devant une dépouille, quelles qu’aient été les circonstances de sa disparition.

Pour une fois, avant que la police et la justice poursuivent, avec complémentarité, leur mission et en déterminent les éléments décisifs, nous disposons tout de même d’informations suffisamment fiables pour débattre surtout de la légitime défense que naturellement le bijoutier revendique. […]

Avant qu’on prétende apposer la grille abstraite et rigide du droit sur un processus d’impulsivité, d’angoisse et de violence, il est essentiel, aussi, de faire appel à l’équité et à la raison qui ne devraient pas être forcément les contraires de l’application sereine de la loi. On sait évidemment que l’exaspération à elle seule n’est pas un motif qui justifie la légitimité de la défense mais comment en chambre décréter l’exigence d’une proportionnalité quand la fureur du terrain la rend inconcevable ?

Je devine et crains, pourtant, le byzantinisme pointilleux avec lequel on évoquera le tir dans le dos du malfaiteur. J’espère qu’on n’aboutira pas à de telles extrémités défiant le bon sens et qu’on acceptera de créditer ce commerçant effondré de la présomption irréfutable qu’engagé dans ce processus violent et dangereux contre son gré, il n’a évidemment pas voulu le pire, survenu dans des conditions qui devraient l’exonérer. Il serait paradoxal que la rectitude juridique et la lucidité judiciaire n’aient jamais pour effet que d’accabler l’innocent parce qu’un coupable est malheureusement décédé. Des suites d’une réaction que le crime et le civisme parfois suscitent. Antony « tiré comme un lapin » selon sa famille ou victime par sa faute ?

Qu’on ne vienne pas soutenir qu’il faudrait en l’occurrence faire le procès de l’autodéfense comme si qui que ce soit la validait dans le cours tranquille et normal d’une société. Comme si elle n’intervenait pas seulement dans des situations désespérées, d’urgence et de peur. C’est le vol à main armée qui tente certains. Se défendre est une exigence dont on se passerait. Le risque du Far West dépend seulement de l’inertie de l’État et d’un ordre public médiocrement sauvegardé. […]

Je n’irai pas jusqu’à imputer directement au laxisme magnifié l’augmentation indéniable de la délinquance et de la criminalité. À force de s’entendre dire que la société est coupable, les malfaiteurs vont se sentir innocents.

Ce qui est sûr en revanche est qu’indirectement, un certain climat diffus, émollient, une politique pénale plus soucieuse de vider les prisons que d’affronter la dure nécessité d’avoir à les remplir, un discours facilement généreux et prêt à toutes les imprudences sur le dos des citoyens ne peuvent qu’avoir une influence fâcheuse sur le tissu social et les comportements transgressifs. La rigueur peut échouer mais au moins elle ne lâche pas la bride.

Comment, d’ailleurs, la gauche pourrait-elle refuser la validité de ce lien entre le pouvoir et la société civile, entre la faiblesse du premier et certains dévoiements de la seconde, entre son idéologie qui la freine et le réel qui devrait la pousser ? […]

Une contradiction, un double langage viennent à mon secours. Le débat sur le projet de Christiane Taubira n’aura pas lieu avant les municipales. Je constate donc que notre président socialiste, par politique, a conforté le garde des Sceaux mais que, conscient de la catastrophe à venir, il préfère retarder, pour le peuple français, l’épreuve d’avoir à affronter celle-ci ().

À Nice, cette si belle ville, nous n’aurons pas, je l’espère, après le malheur, l’injustice.

Extrait de « Deux victimes de trop à Nice ! »

16 septembre 2013

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