Le 1 1962, à Évian, les pourparlers engagés depuis des mois entre les représentants du gouvernement de la République française et leurs interlocuteurs mandatés par le FLN, alias Gouvernement provisoire de la République algérienne, aboutirent enfin.

Le 8 avril 1962, le corps électoral métropolitain approuva par 90 % des suffrages exprimés les accords d’Évian, censés mettre un terme au conflit sanglant qui, en huit ans, avait fait près de 400 000 morts du côté de la rébellion et 30 000 dans les rangs de l’ française, auxquels il faut ajouter environ 10 000 victimes civiles. Las de l’Empire, las de la grandeur, las de la guerre, las de l’Algérie, soumis à l’intense pression de la quasi-totalité des et abusé par la propagande, la personne et le prestige du général de Gaulle, le peuple français aspirait à la paix et croyait pouvoir se fier aux garanties obtenues et aux promesses avancées par l’homme du 18 juin, garant emblématique de l’honneur national.

De fait, le cessez-le-feu entra en vigueur sur tout le territoire algérien dès le 19 mars 1962 à midi, comme prévu. Il n’en fut pas de même des clauses qui interdisaient dès lors le recours à toute individuelle ou collective, de celles qui prévoyaient la constitution d’une force provisoire de 60 000 hommes destinée à maintenir l’ordre public, et moins encore de celles qui organisaient la représentation et la participation aux institutions de l’ nouvelle des citoyens français de statut civil de droit commun, autrement dit des « pieds-noirs ». Toutes ces clauses furent violées avant que l’encre en fût sèche. Mais surtout, bien que la date du 19 mars 1962 marquât la fin de la guerre sans nom, elle donna le signal d’un déchaînement de violence, de cruauté et de massacres sans précédent.

C’est entre mars et juillet 1962 que les attentats de l’OAS contre les biens et les personnes atteignirent leur maximum. Ce fut le 26 mars 1962 que des militaires portant l’uniforme français tirèrent rue d’Isly sur une foule pacifique qui criait sa volonté de rester française, couchant 46 morts sur le pavé. C’est entre mars et juillet 1962 que les courageux maquisards de la vingt-cinquième heure enlevèrent et firent disparaître, notamment à Oran et Alger, entre 3 000 et 5 000 civils européens sous les yeux d’une française contrainte de demeurer l’arme au pied. C’est entre mars et septembre enfin, tache ineffaçable dans notre histoire, que nous laissâmes torturer et assassiner dans des conditions abominables des dizaines de milliers de Français musulmans qui avaient cru à notre parole et servi sous nos drapeaux.

L’ peut choisir entre les dates commémoratives de l’insurrection et de sa victoire : 1er novembre, jour de la Toussaint sanglante de 1954 ; 19 mars, entrée en vigueur du cessez-le-feu ; 5 juillet, proclamation officielle de l’indépendance. À moins que le masochisme national aille un jour jusqu’à nous imposer la célébration de Crécy, d’Azincourt, de Trafalgar, de Waterloo et de Sedan, on ne voit pas au nom de quoi il nous faudrait commémorer le 19 mars, jour de deuil puisqu’il sonna le glas de l’Algérie française, jour de honte puisqu’il fut celui de notre capitulation devant le terrorisme, jour de mensonge et d’imposture qui doit nous rappeler que pour faire la guerre comme pour faire la paix, il faut être deux.

18 mars 2013

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