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Editoriaux - Justice - People - Politique - Presse - 7 juillet 2016

L’avocat de Salah Abdeslam veut porter plainte pour “atteinte à la vie privée”

Quand on vous dit que certains avocats font flèche de tout bois… Comme Boulevard Voltaire le rapportait le 5 juillet sous la plume de Caroline Artus, bénéficie de conditions de détention très spéciales, ainsi que l’a constaté le député Thierry Solère lors d’une visite impromptue à Fleury-Mérogis. Notamment d’une cellule « de secours » au cas où il commettrait des dégradations dans la sienne, et d’une autre équipée d’un appareil de musculation. Un traitement qui ne choque pas Yann Vallerie, pour qui la présomption d’innocence justifie ces aménagements spéciaux.

Franck Berton, avocat du détenu le plus célèbre de France, a cru nécessaire de s’indigner de ces révélations, qu’il qualifie d’atteinte à la vie privée. Il est permis de s’interroger sur l’utilité d’une telle indignation, qui n’apportera rien, bien entendu, à la défense de son client. C’est ce qu’on appelle de la communication. Ou de la publicité, si l’on préfère. Franck Berton se fait entendre, quitte à parler pour ne rien dire. Chacun sait, ainsi, qu’il existe et qu’il ne lâche rien. C’est une manière comme une autre de se manifester, puisqu’il est peu probable, pour parler vrai, qu’il obtienne l’acquittement de son client. Mais n’allons pas si loin, le bonhomme n’est pas près d’être jugé…

Sérieusement, peut-on arguer d’une atteinte à la vie privée au motif qu’un député de la nation, dans l’exercice de ses fonctions, dénonce un traitement de faveur accordé à un prisonnier aussi célèbre ? Est-il anormal que, dans la situation des prisons françaises – dramatiquement sous-dimensionnées par rapport aux besoins —, un homme politique dénonce un traitement exceptionnel dont les autres détenus ne peuvent pas bénéficier ? La réponse à ces deux questions est non.

L’emprisonnement ne supprime pas le droit à l’intimité, chacun en conviendra. Mais ce que dénonce le député ne relève pas du voyeurisme. Il n’a pas regardé Abdeslam sous sa douche, feuilleté son Coran ni examiné la couleur de ses survêtements. Il n’a pas publié de photographie torse nu, comme les feuilles de chou, qu’on lit chez le coiffeur, qui dévoilent la poitrine siliconée d’une starlette inconnue. Il a simplement relaté, pour s’en indigner, les conditions matérielles d’une détention pas ordinaire. Comme d’autres dénoncent les innombrables abus dont bénéficient les privilégiés du régime : attente-t-on à la vie privée des sénateurs en dévoilant les incroyables facilités dont ils jouissent dans l’exercice de leurs fonctions ? À celle de François Hollande en pointant le train de vie de l’Élysée ? À celle de Nicolas Sarkozy en déplorant son escapade de mai 2007 sur le yacht de Bolloré ?

Abdeslam est présumé innocent ? Certes. Cela n’interdit pas de s’étonner de la manière dont il est traité, ou de l’approuver, pourquoi pas. Défendre un terroriste est un métier difficile. L’avocat qui accepte de le faire doit suivre une voie étroite, entre la défense d’un homme dont les actes n’effacent pas la condition humaine et le risque d’excuser ces mêmes actes qui, eux, nient la dignité qu’on reconnaît à l’accusé. Franchement il a mieux à faire que ces pitreries pour presse people.

Au fait, qui rémunère cette vertueuse indignation ? Mais poser la question est peut-être attenter à la vie privée d’Abdeslam ? Nous nous en garderons donc soigneusement…

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