Notre cher secrétaire d’État à la réforme de l’État, , a réagi dans les colonnes du Point au refus de la Légion d’honneur par l’économiste Thomas Piketty.

Le personnage central de cette affaire, Thomas Piketty, est un économiste renommé et proche du Parti socialiste. Un oxymore, me direz-vous. Eh bien non, manifestement. En effet, côté face celui-ci a participé à la commission économique du PS de 1995 à 1997, mais aussi à la campagne présidentielle de 2007 en tant que conseiller économique de Ségolène Royal. Et la liste est loin d’être exhaustive. Côté pile, auteur prolixe, il a publié différents ouvrages, notamment centrés sur les inégalités en France au XXe siècle, dont Les Hauts Revenus en France au XXe siècle et L’Économie des inégalités, à travers lesquels il défend l’impôt sur le revenu et sa progressivité. En outre, il s’érige contre les grandes fortunes, peu actives économiquement selon lui. Il s’intéresse également aux inégalités scolaires. Enfin, il préconise de taxer davantage les revenus du capital sans pour autant augmenter l’ensemble des impôts et des prélèvements sociaux.

Tempête médiatique en ce lendemain de : l’expert en science économique a refusé la Légion d’honneur et ce, de la façon la plus virulente qui soit, en tenant les propos suivants : “Je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable”, et les gouvernants “feraient bien de se consacrer à la relance de la croissance”. Le d’avec ses anciens amis est indubitablement consommé.

Sans vouloir préjuger du bien-fondé de ses théories, force est de constater qu’avec un économiste ouvertement socialiste et reconnu par ses pairs, le gouvernement est passé à côté d’une bonne occasion de se réconcilier à coup sûr avec l’aile gauche de son parti et de passer sous silence les médisants accusant une partie d’entre eux d’être amorphes et l’autre partie d’être de .

Naturellement, on se demande pourquoi. La réponse, c’est donc Thierry Mandon qui nous la fournit : “Piketty défend une thèse économique sur la grande réforme fiscale.” “Nous avons essayé de l’expertiser, de réfléchir pour la mettre éventuellement en œuvre”, précise-t-il. Mais elle “est tellement compliquée, globale, elle a de tels effets de redistribution” que “si on le faisait, il y aurait une protestation généralisée”. Pour résumer, c’est trop compliqué et risqué pour nous.

Cette déclaration met l’accent sur le problème principal de la France. Non pas l’incompétence – même s’il est vrai qu’en voyant M. Montebourg rejoindre benoîtement les bancs de l’INSEAD, après avoir été plus de deux ans ministre de l’Économie, on est raisonnablement en droit de se poser de sérieuses questions – mais plutôt le manque de courage .

Quoi de plus normal avec des professionnels de la politique ? La seule solution viable serait de s’inspirer du cas de l’Italie qui, pour éviter la faillite en 2012, a confié les rênes à un professeur d’économie reconnu, sans ambition politique, Mario Monti, afin de faire passer les réformes impopulaires mais néanmoins nécessaires. Avec des personnalités comme Jean Tirole ou Thomas Piketty, la France possède un vivier de compétences étoffé.

Le seul inconvénient de cette solution est que les politiques en place, refusant d’admettre leur incapacité à réformer, s’accrochent au pouvoir et n’optent pour ce remède qu’en dernier recours, quand la faillite guette. Ce qui ne devrait plus tarder.

VIDÉO À VOIR :

Mandon sur Piketty: « refuser la Légion d’honneur, une décision politique »

3 janvier 2015

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