Le 15 janvier, dans le quartier de Beaugrenelle, Yuriy, un adolescent de 15 ans, a été violemment tabassé dans le 15e arrondissement de la capitale. Le 28 janvier, neuf mineurs et un majeur ont été interpellés à Vanves, en proche banlieue parisienne, et placés en garde à vue pour tentative d’assassinat. Laurent Obertone revient sur cette affaire et ce qu’elle révèle de notre société.

 

L’agression du jeune Yuriy est passé de « faits divers » à « affaire internationale ». Est-ce un signe de prise de conscience enfin de l’insécurité croissante ?
Il arrive que de tels événements parviennent jusqu’aux écrans. Ça ne concerne jamais que le cent-millième d’entre eux, et cette affaire sera oubliée d’ici quelques jours. Il faut rappeler que CHAQUE HEURE, selon l’Observatoire de la délinquance, plus d’une centaine de Français adultes sont victimes de violences physiques, pour près de la moitié dans l’espace public, la plupart du temps par un auteur inconnu, souvent accompagné ou armé. Une telle agression, qui passe pour un événement extraordinaire, est en réalité tragiquement banale. Comme je l’ai écrit dans Éloge de la force, le niveau de dissimulation est, aujourd’hui, tel que si la vérité pure avait accès ne serait-ce qu’à une demi-journée de service public, Big Brother ne s’en remettrait jamais.
Qu’est-ce qui, selon vous, a alerté l’opinion ? L’âge de la victime ? Pourtant, des adolescents victimes de rixes sont légion. Pourquoi cette affaire, spécifiquement ?
C’est plutôt une affaire de séquence médiatique. La vidéo se met à circuler – comme souvent via une fuite policière et les réseaux sociaux. Les médias ne peuvent plus l’étouffer. Ça prend, il y a réactions, polémique, indignation. Reste à convoquer sociologues, jeunes et pouvoirs publics autour d’une table ronde pour en débattre. Normalement, on décidera de mettre plus d’argent quelque part, probablement en subventions, éducateurs et politique de la ville. Et l’actualité, pareillement à la criminalité, pourra reprendre son cours.
On a pu voir Libération sortir un article mettant en cause la probité de la mère de la victime, un réflexe assez curieux, puisque ce quotidien avait canonisé d’office les Traoré et le jeune Théo. Comment expliquez-vous ce « biais cognitif » ?
En matière de militantisme à carte de presse, les aptitudes contorsionnistes de Libération ne sont plus à démontrer. L’ennui est qu’elles font office de référence pour les journalistes subventionnés de demain. Les coupables sont les victimes, le mensonge, c’est la vérité. Et si le vivre ensemble ne fonctionne pas, c’est qu’il est forcément miné par des saboteurs. Notamment ceux qui se plaignent, les sceptiques, les populistes, etc. Sans parler des identitaires et lanceurs d’alerte, tous ces haineux qui comploteraient dans l’ombre pour déchoir les archanges des cités, ontologiquement innocents, comme chacun sait.
 Il y a quelques années, les rixes de bandes étaient le lot de quelques quartiers, puis de quelques villes de banlieues, aujourd’hui du familial et tranquille XVe arrondissement de Paris. Demain ?
Les principaux facteurs qui déterminent cette criminalité juvénile sont sacrés : l’immigration, le social, l’insertion, le clientélisme, la compréhension judiciaire. Sans oublier la perpétuelle mise en accusation de la société et des flics. À partir de là, on ne peut que marcher vers le pire, après les banlieues et les grandes villes, dans toujours plus de petites villes et de villages. Et les pouvoirs publics feront ce qu’il faut, à grands coups de logements sociaux et de mixité, pour que chacun ait sa part. Citoyens, ne bougez pas d’où vous êtes, le vivre ensemble arrive !

29 janvier 2021

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