Editoriaux - International - Internet - Livres - Médias - 14 janvier 2017

Laurent Danchin, une figure des arts dissidents, vient de disparaître

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L’historien d’art Laurent Danchin vient de mourir… Il a été, en France, tout au long d’un demi-siècle, le témoin et le chroniqueur de l’art brut, un des courants importants du XXe siècle, longtemps ignoré par institutions et marché. Il a beaucoup publié sur ce sujet, dont Art brut – L’instinct créateur, chez Gallimard, où il révèle l’étrangeté de ce courant présent un peu partout dans le monde, exactement contraire à celui de l’art conceptuel, déclaré seul « contemporain ».

Il a aussi joué un grand rôle, par ses écrits et sa réflexion sur le totalitarisme cool qui a particulièrement sévi en France dans le domaine de l’art et les idées depuis plus de trente ans. Entre autres livres consacrés au sujet, il décrit avec clairvoyance, dans La Métamorphose des médias. Sens et non-sens de l’art contemporain, l’alliance, en France, entre une bureaucratie autocratique et les médias, marginalisant tous les autres courants artistiques présents dans la réalité.

Il a partagé, sur Internet, une bibliographie qu’il a constituée depuis 1980, regroupant tout ce qui est paru comme livres, articles et colloques sur la vive controverse existant sur l’art, très importante, mais tenue hors de la grande visibilité. On peut dire qu’elle constitue un corpus de preuves écrites de l’existence des courants cachés de l’art et des idées.

Depuis peu, l’art brut est récupéré par le marché financier de l’art pour en faire un produit moyen, mais cependant spéculatif, créant de l’animation et de la nouveauté dans les foires internationales… Du chaud pour faire mieux passer la froideur et le cynisme conceptuel peu ouvert aux fastes de l’imaginaire. Ce jeu inquiétait Laurent Danchin, qui voyait là le principe de sa destruction : en effet, le critère essentiel, pour évaluer l’art brut, est son authenticité.

Avec Laurent Danchin disparaît une des figures importantes de la dissidence française. Il a apporté sa contribution à la dernière dispute sur l’art, pour la première fois non publique. C’est une tradition française depuis le XVIIe siècle, dite « querelle des Anciens et des Modernes ». Les Modernes revendiquent généralement autonomie et liberté, refusant l’idée d’une doxa indépassable : le modèle antique jadis, le conceptualisme duchampien aujourd’hui. C’était le cas de cet esprit demeuré libre qui, pour le rester, a volontairement renoncé à la carrière universitaire, à une époque où le terrorisme intellectuel sévit administrativement en France dans les milieux de l’art, de la connaissance et du savoir.

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