vient de lancer une grande consultation sur le . Comme vous l’écrivez, il s’agit de « déconfiner le conservatisme », mot injustement connoté que vous entendez sortir du placard ?

Injustement connoté, oui, parce que l’idéologie progressiste domine la pensée politique depuis trop longtemps. Ce dernier se plaît à discréditer tout ce qui n’est pas synonyme de nouveauté et de changement. Sa motivation n’est pas le progrès mais la nouveauté pour elle-même et le rejet de la tradition au motif qu’elle perdure et se transmet. C’est ce que Mathieu Bock-Côté dit très bien : « On ne parlera du vieux monde que pour le maudire et on rêve ouvertement de mettre à mort socialement les nouveaux dissidents. »
Nous avons été les premiers, en 2018, à parler de conservatisme politique à un moment où seuls les intellectuels s’aventuraient sur ce terrain. Nous sommes conscients des réticences que ce mot génère. Certains lui cherchent un substitut idéal. Personne n’a encore trouvé ! Peut-être parce que ce terme recouvre à lui tout seul le nécessaire : « Conserver ce qui vaut, réformer ce qu’il faut. » Vous noterez que de nombreuses personnalités politiques de l’opposition apportent dans le débat public des propositions teintées de conservatisme, sans le dire. Désormais, tout le temps perdu à chercher un autre mot ou à se défendre d’être ouvertement conservateur alimente la bipolarisation de la vie politique souhaitée par en vue de sa réélection.
Sens Commun veut dépasser la caricature qui sent la naphtaline et refuse d’adhérer au dictionnaire du novlangue qui, par le contrôle des mots, entraîne une régression de la liberté. Dire son attachement à notre culture et à la nation serait un repli identitaire favorisant la montée des populismes ! Affirmer qu’on naît homme ou femme serait une référence patriarcale discriminante ! Être souverainiste serait être europhobe ! Critiquer l’islam ferait de vous un islamophobe. Et la liste des phobies, cette maladie de la bien-pensance, pourrait être longue. Nous assumons d’être conservateurs et il nous est indifférent d’être qualifiés de ringards ou de “réacs”. Nous savons qui nous sommes et les gens de bonne foi savent ce que nous ne sommes pas. Être une avant-garde suppose toujours d’être traité, au départ, de rétrograde.

Vous pensez que le conservatisme est LA solution pour ce fameux « monde d’après » qui occupe les esprits ?

On nous a vendu un monde nouveau qui s’avère pire que l’ancien. Les progressistes ne survivent que par opposition frontale à l’incohérence des propositions du Rassemblement national, l’autre bloc devenu leur concurrent direct dans les urnes et qui, à sa manière, fait du « en même temps » : défense des salariés mais refus des conditions nécessaires à la revalorisation du travail (retraites et temps de travail), pouvoir au peuple mais intervention à tout crin de l’État, opposition à la PMA mais « telle qu’elle est présentée »… Aucun d’eux n’est à même de participer au redressement de notre nation. Leur point commun est de jouer sur la peur des Français pour accéder ou se maintenir au pouvoir.
Pour bâtir « le monde de demain », il faut se poser une question préalable, nécessaire à l’établissement de tout projet politique. Quelle conception de l’homme et de la société sous-tend l’engagement et inspire la ligne politique que nous défendons, l’horizon que nous proposons ?
La crise sanitaire, économique et politique que nous vivons désavoue cette vision d’une humanité déracinée, augmentée, mondialisée en mettant au grand jour exactement le contraire : le besoin de protéger, reconnaître nos limites, d’être attaché à « notre chez-nous », mais aussi de prendre librement des initiatives, se fier au bon sens et vouloir réformer ce qui ne fonctionne pas. Le conservatisme est précisément une philosophie de l’attachement : protéger les permanences, ce qui demeure et qui est stable, ce qui a fait ses preuves aussi. Pourquoi ? Parce qu’il faut un socle solide sur lequel s’appuyer pour bâtir et progresser ! C’est le défi que Sens commun veut relever. Rappelons-nous La Fayette : « Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l’indifférence ou la résignation. »

Si l’on comprend bien la démarche de votre consultation, une majorité de Français seraient des conservateurs sans le savoir ? Des Monsieur Jourdain du conservatisme, en somme…

La crise réveille en chacun de nous l’instinct de conservation. Voici quelques principes conservateurs proposés dans notre consultation qui a récolté, à ce jour, plus de 100.000 votes.
La relocalisation de nos industries permet de lutter contre le chômage en créant des emplois sur l’ensemble du territoire national, urbain et rural. L’immigration, majoritairement de culture islamique, est un défi civilisationnel pour que la France reste la France. La protection de la nature est un tout : elle concerne l’environnement, la nature humaine, l’égale dignité de l’homme et de la femme. La mission première de l’école est la transmission des connaissances, selon des méthodes qui ont fait leurs preuves, dégagées du pédagogisme.
Vous voyez, on peut être conservateur sans être un « bourgeois gentilhomme » ! Le conservatisme n’est l’apanage d’aucun ordre, d’aucune classe. Le mépris des « anywhere » progressistes à l’égard des « somewhere », comme les nomme David Goodhart, ou des « ploucs », si nous parlons plus trivialement, est une insulte faite à tous ceux qui sont attachés à notre culture et notre mode de vie.
Grâce à cette consultation, nous saurons précisément où se tient le centre de gravité du conservatisme français. De grandes tendances, parfois inattendues, se dessinent ! Le réveil conservateur a sonné et, à n’en pas douter, Roger Scruton a vu juste : « Être taxé de conservateur, un jour ce sera une fierté. »

La consultation « Le conservatisme, un espoir pour la France ? » est visible ici.

 

Propos recueillis par Gabrielle Cluzel

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