François Hollande, dont la cote de popularité vient d’enregistrer un sursaut de 2 points, comme un dernier spasme avant la clinique, a semble-t-il mal supporté ce léger mieux. Après l’opposition et les Français, il s’applique donc aujourd’hui à dégrader son image au sein de son propre parti. Pour cela, rien de tel qu’un mini-remaniement de ses conseillers. Place notamment à Laurence Boone, nouvelle conseillère économique au pedigree sulfureux.

L’arrivée à l’Élysée de Boone pourrait surprendre. Oui, elle pourrait, si Hollande s’était déjà signalé par son sens de l’honneur et son goût pour la conduite d’une ligne politique crédible. Rien de tel, tout va bien. On ne verra donc pas d’incongruité à ce qu’il fasse appel à une libérale pur jus, produit de la City sans nuance, ancienne chef économiste chez Barclays Capital France puis à la Bank of America Merrill Lynch.

Le 26 mai dernier, Laurence Boone publiait une tribune au titre évocateur dans le journal L’Opinion : « Arrêtons le massacre ». Elle y fustigeait « l’absence totale de politique économique » des joyeux drilles aux manettes. Avant d’enfoncer le clou : « C’est un programme qui ne vise ni à soutenir la demande à court terme ni à élever le potentiel de croissance de long terme. » Sans équivoque.

Une question se pose alors, évidente : pourquoi Laurence Boone a-t-elle accepté de venir en aide à un exécutif qu’elle méprise ? Elle avait pourtant l’air sensée, il y a quelques semaines, lorsqu’elle soulignait « le manque de crédibilité de la France […] quand il s’agit de réformes ». Masochisme ? Volonté de contribuer à remettre à flot l’épave économique française ? Que ce soit l’une ou l’autre de ces options, la conclusion est claire pour tout le monde : le changement, ce n’est toujours pas pour maintenant.

Ce n’est en effet pas la première fois que François Hollande cherche l’inspiration du côté des « ultra-libéraux ». Avant Laurence Boone, c’était Emmanuel Macron, haut fonctionnaire à la commission Attali en 2007 puis banquier d’affaires chez Rothschild jusqu’en 2012, qui occupait la fonction de conseiller économique du Président. Ses faits d’armes : le CICE et le pacte de responsabilité, avec les résultats que l’on connaît, une croissance nulle et une compétitivité aux abois. Le -libéralisme de Hollande a déjà montré ce dont il était capable. L’arrivée de Laurence Boone n’annonce rien de nouveau.

En offrant à Laurence Boone le poste de conseillère économique, le Président, qui conspuait en 2012 de la finance pour se faire élire, fait aujourd’hui la nique à ses électeurs et s’expose à un retour de bâton douloureux. Deux ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Hollande pour se faire détester d’un pays tout entier. Sans doute la seule véritable prouesse de son mandat.

13 juin 2014

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