Les médias ont été envahis par un non-événement : l’arrestation de Salah Abdeslam. Ce qui frappe le plus est le gouffre qui sépare la prise bien tardive d’un comparse des attentats du 13 novembre de la mise en scène grandiose utilisée pour communiquer sur elle.

Quels sont les faits ? Il a fallu quatre mois à la police belge pour interpeller un individu recherché par toutes les polices européennes. Or, il n’avait quitté ni la Belgique, ni Bruxelles et se trouvait même dans son quartier natal de Molenbeek. Il y bénéficiait, à l’évidence, de la complicité de sa « communauté ». La sécurité belge n’avait rien vu venir et, de même, elle a eu du mal à pénétrer un milieu dont la solidarité et l’opacité sont inquiétantes. L’individu lui-même n’était pas le cerveau de l’opération. Il y participait avec pour seule particularité de tenir davantage à la vie que les autres. Il ne s’est pas fait exploser. Il s’est laissé prendre vivant. Salah Abdeslam est né et a vécu à Molenbeek. D’origine marocaine, de la région de Tanger, il est cependant de « nationalité française ». En 2010, il est condamné à de la prison pour vol avec effraction. C’est durant son incarcération avec son ami Abaoud qu’il se radicalise. La police locale le repère. Un informateur l’a, en effet, signalé dès juillet 2014. Elle établit un procès-verbal le 30 janvier 2015 et auditionne l’intéressé le 28 février. Un rapport est transmis au parquet et à la police fédérale. Celui-ci est classé en juin 2015. Aucune enquête, aucune perquisition, aucune écoute n’auront été décidées. Salah Abdeslam est proche de son frère Brahim, lui aussi radicalisé et qui se fera exploser au Comptoir Voltaire. Fin juillet 2015, il est en Grèce. En septembre, il est en Hongrie. Il est aussi contrôlé en Autriche. Ces déplacements, sans doute facilités par l’argent de l’État islamique, doivent griser celui qui n’est en somme qu’une petite frappe de banlieue plus ou moins liée à la drogue. Le radar pour le moins déficient de la police belge ne perçoit pas ces mouvements. La banalité du personnage devrait soulever l’inquiétude. Son profil n’en fait pas une exception. Son arrestation n’est donc pas un événement.

Que le chef de l’État et le Premier ministre belge donnent une conférence de presse, que le président des États-Unis les appelle devant les caméras, que des conseils de défense soient tenus dans les deux pays tient de la gesticulation médiatique. Les médias parlent d’un « logisticien ». Le ministre de l’Intérieur français évoque une étape dans un combat qui continue. Il est troublant que la coalition occidentale, colossale par ses moyens militaires et policiers, puisse donner une telle importance à cet épisode. Pendant ce temps, l’État islamique occupe encore une grande partie de l’Irak et de la Syrie. L’Europe subit le chantage de la Turquie dont le rôle ambigu dans le conflit syrien et le passage des migrants vers l’Europe saute aux yeux. Salah Abdeslam n’avait pas été mis hors d’état de nuire quand il en était temps. Replié auprès des siens, il ne présentait pas un grand danger dans l’immédiat. En revanche, son profil laisse à penser qu’il y a beaucoup de Salah Abdeslam potentiels, et que le laxisme migratoire prôné par l’Allemagne risque d’en multiplier le nombre. Il était donc important de surévaluer son arrestation afin que la population soit faussement rassurée et ne prenne pas conscience de l’irresponsabilité et de l’inefficacité de ceux qui la dirigent mais ne la protègent pas.

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