Editoriaux - International - Politique - Religion - Santé - 15 octobre 2015

L’Arabie saoudite ne vaut pas mieux que l’État islamique

Le gouvernement français a beau tout faire pour exonérer le régime saoudien, rien ne pourra effacer ses crimes. Ali Mohammed al-Nimr a été condamné à mort par décapitation et crucifiement, parce qu’il a participé, en 2011, à une manifestation d’opposition à la monarchie islamiste et totalitaire saoudienne, alors qu’il n’était âgé que de 17 ans. Le grand ami de François Hollande, Salmane d’Arabie saoudite, doit ratifier sa peine de mort dans les semaines à venir. Afin de réfréner tout mouvement d’opposition dans le futur, le corps d’Ali Mohammed al-Nimr sera exposé publiquement jusqu’au pourrissement de ses chairs à titre d’exemple. Un procédé sanglant, inhumain, révoltant.

L’Arabie saoudite est une dictature islamiste qui entretient des relations extrêmement ambiguës avec les terroristes de l’État islamique, et les autres « rebelles » qui ne valent pas mieux, tels le Front Al-Nosra ou le Front islamique. D’ailleurs, à l’instar de ce qui se pratique dans l’État islamique, le droit saoudien est basé sur la charia, c’est-à-dire la loi islamique issue du Coran et des traditions de la Sunna (sorte de jurisprudence coutumière religieuse). L’apostasie, l’adultère et la « sorcellerie » sont reconnus comme des crimes dans le royaume. Dans le même ordre d’idées, le fait pour une femme de s’exposer en public avec un homme étranger au cercle familial est condamné par une peine de lapidation. Le parjure et la consommation d’alcool sont aussi assimilés à des crimes. Torture, absence de liberté de religion, discrimination sexiste et manquement aux droits de la défense sont les mamelles du système saoudien.

Nos champions de la « démocratie universelle » ne sont jamais indignés par ces pratiques atroces. Ils sont prompts à vouloir renverser des régimes qu’ils estiment cruels, mais n’ont jamais de mots trop doux pour leurs précieux alliés saoudiens. Pourtant, une observation attentive du fonctionnement de l’Arabie saoudite nous met bien en peine de dire ce qui peut distinguer cette monarchie de l’État islamique : deux États jumeaux, issus de la même matrice idéologique.

En tant que souverainiste conséquent, je n’ai pas le droit moral de m’ingérer dans les pratiques pénales d’un État souverain. Il est néanmoins difficile pour un Français, formé à la raison critique, à la séparation des pouvoirs, et épris de libertés individuelles, de rester insensible face au sort réservé à Ali Mohammed al-Nimr, ou plus récemment au citoyen britannique Karl Andree.

Monsieur Andree est un Anglais de 74 ans qui travaille depuis 25 ans en Arabie saoudite. Gravement malade, il est détenu depuis un an après avoir été condamné pour possession d’alcool, dans l’attente de l’exécution de sa peine : 350 coups de fouet en place publique. L’homme, dans un état de santé préoccupant, pourrait ne pas survivre à ce châtiment. Cette peine est profondément ignoble et devrait soulever le cœur de tous les Occidentaux. Nous devons rompre nos relations commerciales avec cet État barbare qui fouette des hommes parce qu’ils aiment le vin, et donc la vie. Tout le contraire de la politique menée par François Hollande, servile allié des Saoudiens qu’il a contribué à installer à la Commission des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies. Nous n’avons pas de leçons à recevoir de la part de dirigeants qui soutiennent des politiques aussi monstrueuses. L’honneur historique de la France est en jeu.

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