Ce n’était pas un hasard si, dimanche, voisinait à la une des journaux avec la jolie Camille Cerf. À Créteil, avec son diadème de ministre de l’Intérieur et son regard ému, il a appelé, dimanche, à faire de l’antisémitisme une « cause nationale ». Comme le cancer, Alzheimer, les violences faites aux femmes, la solitude. « La guerre, c’est mal », disent les Miss France, en battant des cils. « L’antisémitisme, c’est mal », dit Bernard Cazeneuve, l’air chamboulé. Avec ça, autant dire qu’à Créteil, on doit être drôlement rassuré.

Mais si, comme il le dit, l’antisémitisme est une « véritable pathologie sociale », si « les actes et menaces antisémites ont augmenté de plus de 100 % au cours des dix premiers mois de l’année » et que la pathologie tourne donc à la pandémie, il faudrait peut-être faire un peu d’épidémiologie. Quand un virus se propage, il ne suffit pas que le chercheur tire un grand calicot sur le fronton du labo « Sus à la maladie ! » et prenne une mine lugubre. Il faut aller sur le terrain, analyser, évaluer la fréquence, faire une cartographie, modéliser, étudier les cas-témoins. Pour mieux traiter. Commençons donc par le commencement. Mais quel était au juste le profil des agresseurs antisémites de Créteil ?

Alors là, non merci. Bernard Cazeneuve préfère prudemment tenir un piquet de la banderole « Sus à l’antisémitisme ! » et ne pas s’aventurer ailleurs. Terrain casse-gueule. Bernard Cazeneuve est comme tout le monde, a une famille à faire vivre, une carrière à mener au Parti socialiste. Comme dirait Balavoine, il n’est pas un héros.

On dit que le propre des « réacs » de la vieille droite est de regretter le passé. Pardon bien, mais c’est surtout le propre de la vieille gauche. Pas plus nostalgique qu’un socialiste de l’an 2014. Nostalgique des années 80, de l’ère Mitterrand. Tout ce qu’il demande, lui, c’est de ressortir l’antisémitisme de grand-papa du bocal de formol, avec son étiquette « extrême droite ». La LICRA a tenté de montrer du doigt Zemmour mais cela sentait son disque en vinyle qui crépite. Même ses amis lui ont soufflé de remballer : selon Europe 1, les trois suspects de Créteil s’appellent Ladji, Yacine et Omar et sont tous connus de la police pour de petits délits et une affaire de drogue. Autant de chance qu’ils aient lu Le Suicide français, que Mohammed Merah, en son temps, ait eu Mélancolie française sur sa table de nuit. Oui, pas plus conservateur qu’un homme de gauche, qui repense – instant émotion – à la vie d’autrefois, univoque, monochrome, confortable, avant l’ère d’Internet. Et c’est donc tout ce que propose Bernard Cazeneuve : censurer Internet. Faute d’y traquer des antisémites – et pourquoi distinguerait-on mieux sur la Toile, derrière leur pseudo, les antisémites que l’on a refusé de voir, en chair et en os, lors de ces manifs pro-palestiniennes où l’on comptait tant d’amis ? –, on pourra toujours faire taire ceux qui nous enquiquinent.

« Faisons de l’antisémitisme une cause nationale. » Je serais juive, j’en aurais ma claque qu’on me mène en bateau. Oui, ma claque que, lorsque ma maison brûle, le pompier crie au feu et parte en courant avec ses gyrophares et sa grande échelle dans la direction opposée à la fumée.

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