L’instrumentation de la démarche artistique, perçue comme un outil au service d’un thème de compréhension du monde (culturel au sens le plus large) est une affaire assez convenue.

Ce qui l’est moins et fait débat aux yeux de beaucoup est la déconnexion volontairement opérée par le monde des « sachants », entre l’évaluation (supposée valorisante) de l’intention culturelle prêtée à l’artiste et le vulgaire et classique « rendu », perçu par un peuple estimé ignorant des codes de la « Vraie Religion ».

La démarche, portée à son paroxysme par une classique coterie sectaire, a abouti à un rituel consistant, pour un artiste, à jouer systématiquement et exclusivement du registre de la provocation pour être enfin (ou encore) « reconnu » par les membres de cette coterie distribuant honneurs et prébendes aux impétrants.

À ce titre, on a donc eu les impérissables koonneries de Jeff dans la galerie des Glaces du palais de Versailles, et maintenant le non moins “génial” vagin kapoorien dans ses jardins.

Tout cet “immensetalentdéployé” (comme on doit dire dans le sabir en usage) est supposé “épater le bourgeois” (lire beauf) et ravir les fameux esprits rebelles (sic). Les mêmes esprits qui se retrouvent depuis de longues années dans un ridicule… conformisme anticonformiste. La régénération de l’art (re-sic) est supposée être à ce prix !

Le rôle, à cet égard, du ministère de la Culture et de tous ses occupants depuis des années a été déterminant.

Il y règne, de notoriété publique, une police des esprits, Guépéou (jack-languisante) très emplumée de la Culture. Elle y fait grincer les dents de beaucoup de mal-pensants se refusant à considérer que la qualité de l’œuvre artistique ne soit jugée qu’à l’aune… de l’importance du scandale qu’elle est supposée devoir déclencher.

Quoi qu’on dise et que certains espèrent même, la matière est rebelle à l’enrégimentement, et les sergents recruteurs doivent payer de plus en plus cher pour remplir leurs quotas dans les jardins du Palais-Royal !

Si l’on veut bien s’accorder sur le fait qu’historiquement, la production artistique nouvelle (toutes matières confondues) s’est parfois faite au prix du scandale, il reste à établir que… la seule existence de ce scandale est bien la preuve, et la cause, de la « vraie » qualité de l’œuvre considérée.

De grâce, en cette matière comme en d’autres, ne confondons pas effet et cause ! La confusion des deux nous a conduits, dans ce domaine, à devoir adorer telle ou telle œuvre non pas parce qu’elle nous causait une quelconque émotion artistique, mais parce qu’elle était source de ce fameux scandale ! Un comble !

N’ayons donc pas peur de dire que la démarche artistique a été détournée depuis des lustres, au profit d’une vision « psychologisante » et politique du monde qui nous environne.

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