Editoriaux - Histoire - Politique - 11 décembre 2016

L’ami américain qui nous veut du bien

Français, je vous regarde comme un ami ou un membre de la famille regarde un alcoolique ou un toxicomane. Avec tristesse un moment, avec dégoût un autre et, surtout, avec une impatience frustrée. Je regarde votre descente, votre confusion, votre aboulie, et je suis impuissant à vous aider.

Voulez-vous survivre ? Difficile à savoir, mais la réponse, si c’est le cas, n’est pas très vigoureuse. Vous êtes fatigués, n’est-ce pas ? Vous en avez assez de l’Histoire, de la gloire, de “la France”, c’est ça ?

Je vous comprends, je crois. La piqûre pour la fin, c’est une question politique importante aujourd’hui parce que vous sentez que la fin arrive et craignez qu’elle ne soit pénible. C’est tout à fait compréhensible. Quel fardeau, un pays !

La France, laquelle est quand même votre pays, peut être comparée à un grand vieux château. Combien de pièces, on ne sait pas, mais des centaines, des milliers. Parmi elles, beaucoup sont vides. D’autres ont un grand besoin de nettoyage et de rénovation. Quelques-unes sont louées. Pas mal sont squattées et les squatteurs y font leur propre loi. Mieux vaut ne pas y pas entrer.

Quel fardeau, un château ! (Mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir, comme vous, un château en héritage. Et quel château !… Vous devriez y réfléchir plus souvent…) Je compatis avec vous. La maintenance est un gros travail, ce n’est pas facile. Et il est beaucoup plus agréable d’être gentils et accueillants que stricts et regardants sur ceux qui y entrent sans un minimum de respect. Qui aime les videurs de boîte de nuit, après tout ? Pas surprenant que vous vouliez tout lâcher et rester dans la douce gentillesse jusqu’à la fin.

La France, vos amis, comme moi, continuons à la trouver belle. Mais votre générosité nous semble un peu suspecte. Il y a une générosité où on dit : “Je partage parce que je suis heureux, riche et confiant.” Et il y a une autre générosité où on dit : “Je partage parce que j’ai perdu l’appétit pour jouir, pour posséder, pour lutter, pour vivre — prenez ce que vous voulez, je n’en aurai pas besoin.” Laquelle est la vôtre, mes amis ?

La France n’a-t-elle pas le droit de survivre ? N’entendez-vous pas cet appel désespéré qu’elle vous lance tous les jours ? Vous, les Français, avez-vous le droit de posséder ce pays si beau, si fertile, si agréable sans répondre enfin à cet appel ?

Cette décision est la vôtre, pas la mienne.

Mais si vous croyez que la réponse peut être oui, je vous conseille de décider vite.

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