Par référendum le 7 avril, les Alsaciens sont appelés à fusionner le conseil régional d’Alsace et les deux départements (Bas et Haut-Rhin) en une collectivité territoriale d’Alsace. Au-delà des aspects pratiques (financiers, administratifs…) avancés par les tenants du « oui », ce référendum, qui n’est pas une fin mais un moyen, s’inscrit dans le renforcement de l’Europe des régions (cf. « Les États européens se désintègrent »). En partant du général au particulier, nous pouvons observer l’évolution suivante.

À l’origine, la France monarchique des provinces et, selon une heureuse formule, « hérissée de liberté » a été broyée en 1789 pour être réorganisée en entités administratives abstraites : les départements. La folie des technocrates de l’époque a même pensé élaborer une France départementale en damiers. Le retour du principe des régions – bien que nous préférions l’expression, plus conforme à l’histoire, de « provinces » — s’est opéré au début des années 1970. Cependant, ce cadre conforme à la tradition politique française n’est valable qu’à la condition de maintenir ces entités sous l’autorité de l’État. Or l’Union européenne, octroyant de plus en plus de pouvoirs aux régions tout en vidant les États européens de leurs principes régaliens, pousse à une complète réorganisation politique du Vieux Continent. En effet, parallèlement à la montée en puissance des régions, il s’agit de favoriser une coopération transfrontalière. Cette politique se fait dans le cadre d’un institut — « l’Association des régions frontalières européennes » (l’ARFE (PDF)) — créé en 1971 sur volonté et, pendant une longue période, sous direction allemande. Nous pouvons y relever le nom de Wolfgang Schäuble (PDF), actuel ministre des Finances du gouvernement Merkel.

Le principe de la coopération transfrontalière cache, dans le cadre de l’Union européenne, un but destructeur. Il s’agit, comme le stipule la Charte transfrontalière de l’ARFE, de transformer les frontières nationales en frontières administratives (PDF). Même si les dirigeants affirment faussement ne pas vouloir remettre en cause la souveraineté des États, cette politique permet aux régions bénéficiant de pouvoirs accrus, de part et d’autre d’une frontière nationale devenue défunte, de procéder à un rapprochement ou, plus exactement, à une fusion territoriale appelée « eurorégion ». Ces entités territoriales artificielles sont créées dans toute l’Europe. Nous pouvons citer entre autres les eurorégions « Pyrénées-Méditerranée », « Grande région » ou « Alpes-Méditerranée ». Les eurorégions sont les départements de l’Union européenne ou, si l’on veut, l’organisation territoriale et philosophique de 1789 élargie à toute l’Europe. Cet aménagement du territoire encouragé à l’origine par l’Allemagne (PDF) ouvre la voie à toutes les combinaisons.

Autorité des États en berne, autorité de la Commission de Bruxelles et de la BCE de Francfort en hausse, disparition des frontières nationales et régions dotées de pouvoirs politiques et financiers complets autorisent un remodelage total du corps européen. Ainsi, si le « oui » l’emporte lors du référendum alsacien, il permettra (et c’est le but recherché) de passer à la vitesse supérieure afin d’aboutir à une eurorégion avec le pays de Bade et une petite partie de la Suisse (région de Bâle) (PDF), Strasbourg étant devenu une eurométropole. Cette eurorégion Alsace – pays de Bade (subdivisée en trois zones : Pamina, Centre et TriRhena), véritable laboratoire d’avant-garde, harmonisant tous les domaines (administration, fiscalité, retraites…) et dépendant de Bruxelles ne sera qu’une parcelle de l’Empire européen, parmi d’autres eurorégions, reposant sur les dépouilles des États.

4 avril 2013

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