Culture - Editoriaux - Histoire - International - Politique - Table - 15 novembre 2013

L’Allemagne de 1914 à la pointe de la civilisation européenne

À la veille du centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, le moment est venu de présenter les faits tels qu’ils se sont réellement produits, en débarrassant l’historiographie des scories laissées par la propagande de jadis.

J’ai lu sur Boulevard Voltaire, sous une signature que par ailleurs j’estime, une présentation inéquitable de l’Allemagne de 1914. Certes, son morcellement politique d’autrefois a longtemps arrangé nos affaires. Les choses avaient changé en 1914 : l’Allemagne était alors à son apogée. Mais est-ce sa faute si nous-mêmes avions perdu notre prépondérance depuis la Révolution (1789-1799) et la guerre franco-européenne (1793-1815) ? Est-ce sa faute si la France n’a pas fait d’enfants au XIXe siècle ; si, en 1870, avec 35 millions d’habitants, elle était aussi peuplée que sa voisine d’outre-Rhin, pour passer quarante-cinq ans plus tard à 39 millions… contre 67 millions d’Allemands ? Peut-on raisonnablement lui reprocher de s’être unifiée, puis d’être devenue par son seul mérite la première puissance du continent ?

Quant à la première guerre franco-allemande, celle de 1870, il faut rappeler que c’est la France qui l’a déclarée, d’ailleurs pour un motif futile : la fameuse « dépêche d’Ems », une note diplomatique désobligeante. On avait fait une guerre pour cela, pour une note. Aux yeux du monde, notre vanité nous avait alors rangés dans le mauvais camp.

Que cela plaise ou non, l’Allemagne de 1914 était à la pointe de la civilisation européenne : elle rayonnait par ses musiciens et ses philosophes, elle raflait chaque année le plus grand nombre de prix Nobel, de sorte que le XXe siècle lui doit la plus grande partie de ses avancées scientifiques. Nous étions d’ailleurs bien placés nous aussi, au deuxième rang de cette distribution annuelle, malgré la disproportion des forces… mais la Grande Guerre va tuer 80 % de nos élèves de Normale sup’…

Si l’on avait pratiqué à cette époque le calcul de l’Indice de développement humain (IDH), il est évident que l’Allemagne eût été première, notamment par sa politique sociale. Il ne tenait qu’à nous d’imiter cet exemple.

Se référer à des historiens anciens comme Fischer n’a pas de sens aujourd’hui. L’Allemagne n’a ni « voulu », ni « favorisé » une guerre austro-serbe, c’est tout le contraire ; elle n’est pour rien dans « l’embrasement avec la Russie et la France », et je prouverai ce que j’avance. Elle n’est pas responsable du déclenchement de cette guerre, mais ce que l’on peut dire, c’est que l’annexion de l’Alsace-Moselle en 1871 (désirée par elle en vertu d’une conception proprement germanique de l’appartenance nationale : la langue, la culture, le sang…) a créé entre nous une discorde qui n’aurait pas porté à conséquence si nous étions restés isolés comme encore au temps du général Boulanger (trop sage pour nous conduire vers une guerre de revanche perdue d’avance…) mais est devenue dangereuse dès lors que nous avons réussi à nouer une alliance militaire inconditionnelle avec la Russie en 1892. (À suivre…)

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