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Les députés viennent d’adopter à l’unanimité, ce qui est assez rare pour être souligné, une proposition de loi empêchant un libraire en ligne de cumuler la réduction maximale de 5 % sur les livres qu’autorise la loi sur le prix unique du livre et la gratuité des frais d’expédition. Cette proposition est à l’initiative du Syndicat de la librairie française pour tenter de contrer Amazon, la plus grande librairie en ligne au monde et le premier site marchand en France. Si le souci de protéger les petites librairies est louable, le combat paraît cependant perdu d’avance.

Je ne manque jamais, lorsque je reviens à Lille, d’aller au Furet du Nord, plus grande librairie en dur du monde. J’aime déambuler entre les rayonnages emplis de livres ; prendre un volume dont le titre ou l’auteur m’attire et le feuilleter quelques instants. Je fais souvent des découvertes, dans les librairies, de livres que je n’aurais pas connus sinon. Mais j’ai aussi souvent pesté contre l’absence de librairie proche de chez moi, ou du peu de choix dans celles de petites villes. Amazon est venu répondre à la frustration de ne pas trouver les auteurs que j’aime ou les livres dont j’ai besoin.

Il est vain de vouloir endiguer le progrès technique quand il apporte une réelle amélioration. Pouvoir commander de chez soi n’importe quel livre disponible dans n’importe quelle langue et le recevoir dans la semaine, qui prétendra que ce n’est pas une bonne chose ? Si, en plus, le prix est le même que dans la librairie à trente kilomètres de chez moi, pourquoi m’en plaindrais-je ? On me dira que l’entreprise va se trouver en situation de quasi-monopole, que les petits libraires ne peuvent pas lutter. Le monopole est souvent précaire, surtout dans le numérique. Je me souviens d’une époque où tout le monde avait une adresse CaraMail, où les recherches passaient par Yahoo!, où Explorer régnait sans partage sur les navigateurs. Le règne d’Amazon risque d’ailleurs d’être mis à mal par le développement des liseuses électroniques.

Le livre risque fort de connaître le destin du disque. Aujourd’hui, tout le monde télécharge la musique, que ce soit légalement ou pas. Les producteurs de disques se désolent et veulent nous faire croire que c’est la mort de la musique. Mais les auditeurs redécouvrent le plaisir des concerts et les véritables artistes gagnent leur vie sur scène. Qui s’en plaindra ?

Certes, je perdrai le plaisir du contact d’un velin d’arche, du bruit de la page qui se tourne. Mais l’invention du livre n’a-t-elle pas fait disparaître les plaisirs du rouleau de papyrus ? Et celle de l’imprimerie la joie de l’enluminure unique ornant chaque page d’un manuscrit ? En contrepartie, j’aurai dans le volume d’un livre toute une bibliothèque ; le patrimoine écrit de l’humanité sera accessible à tous. Certes, la rentrée littéraire ne verra plus la parution de plus de sept cents romans. Les critiques littéraires et les arbres s’en porteront mieux. Certes, les auteurs auront du mal à vivre de leurs écrits. Mais ils sont déjà si peu à pouvoir le faire.

Dans un discours au Congrès, Hugo disait : « Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous. » Après tout, bien des penseurs n’ont jamais vécu de leur plume. L’essentiel est que leur pensée soit passée à la postérité.

7 octobre 2013

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