Editoriaux - Politique - Table - Théâtre - 11 octobre 2015

L’aigle à deux têtes plane sur la Syrie

Depuis que Moscou intervient, en principe contre l’État islamique, l’aigle à deux têtes plane sur la Syrie. Cette intervention divise les français. Doivent-ils craindre l’embrasement et une troisième guerre mondiale ?

Dans l’élan du printemps arabe, beaucoup avaient pensé que les jours du régime de Bachar El Assad étaient comptés. Une action militaire d’envergure était même envisagée à l’été 2013 par les États-Unis et ses alliés anglais et français. La Russie tremble alors pour ses intérêts au Moyen Orient et surtout sa base militaire en Méditerranée à Lattaquié. La volte-face du Président Obama fin août 2013 prend de court ses alliés européens. Mais surtout c’est un signal fort donné à la Russie : Poutine a compris qu’il avait les mains libres. Il en profite. Après la Crimée et l’Ukraine, l’expansion vers le sud se poursuit. Or, la Syrie est une pièce essentielle dans sa stratégie expansionniste vers le sud et l’accès à la Méditerranée.

On rappelle que c’est Catherine II qui annexa la Crimée et que c’est la guerre du même nom qui priva au XIX° siècle la Russie de l’accès à la Méditerranée. On rappelle également que la coalition organisée contre le Tsar Nicolas I° était constituée de la Grande Bretagne, de la France et de l’Empire Ottoman ; et que la raison de cette guerre était la crainte de la coalition de voir bouleverser l’équilibre des puissances en Europe et en Orient au profit de la Russie.

Ce flashback est assez croustillant. On retrouve pratiquement aujourd’hui les mêmes acteurs dans des positions finalement assez proches. À ceci près que c’est la Russie qui fort habilement mène le jeu.

Qu’en conclure ?
D’abord que nous aurions tort de nous réjouir de notre échec, même si ce dernier est imputable à un allié (États-Unis) que l’on sait depuis longtemps peu fiable et inconséquent.
Que la Russie et son nouveau Tsar sont capables d’agir seuls et vite pour protéger et accroitre leur sphère d’influence en Méditerranée.
Nos intérêts n’étant pas défendus par une Europe n’existant pas pour n’avoir jamais existé, sinon en rêve, nous devons reconsidérer notre système d’alliance notamment vis-à-vis des États-Unis et de l’Otan.
Face aux superpuissances que sont les États-Unis, la Russie et bientôt la Chine, il ne nous reste plus qu’à lancer un appel d’offres aux pays d’Europe désireux de s’associer dans un projet politique pour fonder une Confédération capable de faire jeu égal avec elles.
En attendant, nous et l’Europe, en sommes réduits aux seconds rôles et à celui de brancardiers auprès des populations qui fuient le théâtre de la guerre.

Une troisième guerre mondiale ? Depuis que les Russes ont obtenu ce qu’ils voulaient en Syrie (l’autorisation de défendre Bachar El-Assad) et les Américains la paix avec l’Iran, on ne voit pas qui la déclencherait. François Hollande et Angela Merkel ?

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