L’Aïd et le Bac ne font pas bon ménage… Démocratie à la carte ?

Le 6 juillet marquera la fin du ramadan. Les musulmans pratiquants fêteront l’Aïd el-Fitr mais, en même temps, se déroulera la première journée des épreuves orales de rattrapage du baccalauréat. Jusque-là, rien qui aurait dû poser problème dans une société consciente des priorités, des hiérarchies et d’une laïcité de bon sens.

C’était sans compter avec l’intervention du Service interacadémique des examens et concours (SIEC), chargé en Île-de-France de l’organisation des examens.

Les proviseurs ont reçu instruction de recenser les élèves qui ne pourront venir passer leurs oraux pour des raisons religieuses et de les convoquer pour le lendemain.

On n’ose croire à une telle aberration et pourtant elle est indéniable et, pire, elle n’a suscité aucune opposition du ministère de l’Education nationale. Qui n’est pas pour une fois responsable car une circulaire de 2004 de François Fillon a initié ce redoutable mouvement communautariste. Déjà !

Philippe Tournier, proviseur du lycée Victor Duruy et secrétaire général du principal syndicat des personnels de direction (SNPDEN), a immédiatement réagi en interrogeant justement : "Faudra-t-il qu’on demande un à un à nos élèves s’ils font l’Aïd ?".

Que d’étonnements face à cette directive du SIEC ! Elle est symptomatique du délabrement conceptuel, politique et scolaire qui est en train de projeter la France, toutes prudences mises à part, dans la mollesse à l’égard des revendications religieuses et communautaristes.

Ce qui relève de l’intime, de la croyance, de la pratique religieuse dans sa sphère, indépendante de toutes les manifestations et épreuves qu’une société civile a le devoir d’organiser et le droit de programmer comme elle l’entend en raison de critères qui lui sont propres, est ainsi promu au rang d’exigence prioritaire qui aura le pas sur les épreuves du baccalauréat. C’est une révolution qui va avoir des effets redoutables, disloquer encore davantage le pays puisque même les facteurs d’unité et d’homogénéité sont relativisés à l’initiative d’organismes dont la vocation républicaine serait de les maintenir au plus haut.

Outre la pertinente question du secrétaire général, une autre préoccupation nourrit la controverse. On imagine en effet aisément les risques d’inégalité et de fraude que cette possibilité de report engendrera.

Plus profondément, la perversion d’un tel système est éclatante. De manière officielle, au plus haut niveau, l’Etat ne cesse d’invoquer la laïcité, de s’en prétendre le gardien sourcilleux et vigilant mais, à la fois, des instances qui lui sont peu ou prou reliées s’engagent sur des chemins contraires et détruisent au détail un principe dont la validité avait été exprimée en gros.

Comme si derrière les proclamations et les affichages, la volonté concrète des autorités était de favoriser l’éclatement de notre société en mille petites ou grandes unités autonomes ayant leurs règles et leurs privilèges.

De fil en aiguille, on est en train de créer une démocratie à la carte, une République à la convenance de chaque religion.

Ce qui surprend dans la décision du SIEC tient à l’empressement mis à anticiper ce qui d’ailleurs n’avait pas été demandé par les instances musulmanes. Comme s’il avait fallu, par faiblesse et crainte de réactions possibles, discriminer en faisant un sort particulier à l’Aïd. Quand l’islam n’exige rien, on le lui donne. Et cette complaisance aboutit à multiplier les inconvénients que la généralité n’aurait pas fait naître.

Au-delà de cette conduite erratique, je suis frappé de constater à quel point des structures, comme pour justifier leur existence, se mêlent de ce qui ne les regarde pas et font surgir les difficultés avec une immixtion inutile. Bientôt on aura le CSA et les "minorités visibles".

On a déjà le SIEC et sa religion de l’absurde.

Extrait de : La religion de l’absurde !.

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