L’Association des maires de France a publié un vade-mecum de la laïcité 2. Malgré un contexte porteur et de bons éléments, ce texte n’est pas sans danger pour les libertés de millions de citoyens qui se rattachent à une confession religieuse, la culture, l’égalité et la laïcité elle-même.

Le document s’interroge sur le service de garde des enfants. Contrairement aux crèches publiques, les assistants maternels qui gardent des enfants à leur domicile ne sont pas astreints à la neutralité religieuse. L’AMF considère cette différence comme une difficulté. Est-ce à dire que demain, une personne travaillant à son domicile ne pourra pas revêtir chez elle de signes religieux ou devra ôter de son intérieur les objets religieux ? Rappelons que ces personnes sont librement embauchées par les parents. À eux seuls de décider s’ils sont rebutés ou non par le voile de l’assistante maternelle ou son crucifix au mur.

L’AMF aborde ensuite les « menus confessionnels » à la cantine. Elle plaide pour leur interdiction, tout en invitant les cantines à compenser par d’autres aliments ceux dont les enfants ne voudraient pas. On ne peut que s’en féliciter. Mais pourquoi s’opposer aux paniers-repas préparés par les parents pour des motifs religieux ? Qu’ils ne puissent plus exiger de menu confessionnel, soit. Mais qu’alors ils puissent donner à leur progéniture un panier-repas composé à leur guise.

L’AMF réclame enfin un régime de déclaration plus encadré pour les écoles privées hors contrat qui ne touchent pas un centime d’argent public. Si tel était le cas, la liberté scolaire, qui est au nombre des libertés fondamentales, serait réduite à peau de chagrin.

Outre la question des crèches de Noël, l’AMF fait des remontrances sur les « moments artistiques à connotation religieuse », par exemple en matière musicale. Elle qualifie d’entorses à la laïcité les soutiens publics à des manifestations traditionnelles locales (processions, troménies, baptêmes de navires). À l’heure où la culture est plus que jamais nécessaire, ce systématisme à l’encontre de certains patrimoines culturels locaux, voire mondiaux s’agissant de la musique classique, est affligeant. C’est plutôt l’appréciation locale qui doit primer. De même pour l’équilibre dans les programmations culturelles : oui, mais à condition de ne pas sombrer dans l’obsession. La culture, c’est la tradition et la création qui rejaillissent d’une société donnée. En quoi est-il choquant qu’en région parisienne soient proposés plus de concerts de musique orientale et qu’en Bretagne, on trouve plus de manifestations d’origine chrétienne ?

L’AMF invite les maires à offrir une salle pour célébrer des « funérailles non religieuses ». Ce faisant, elle introduit une préférence pour les citoyens sans religion et commet une discrimination à l’égard des personnes de culte minoritaire, qui souhaiteraient accéder à une salle pour célébrer des funérailles suivant leur rite.

Finalement, le document met en péril la laïcité. C’est paradoxal, mais cela tient au double sens de ce principe. En 1946, le professeur de droit Rivero opposait une conception juridique de la laïcité, entendue strictement comme neutralité des institutions publiques, à une conception idéologique. Celle-ci fait de la laïcité un instrument hostile aux religions et vise à les expulser non pas seulement de l’État, mais de la société en général, tendant à considérer comme incompatibles expression religieuse et citoyenneté, ou à faire des personnes à confession religieuse des citoyens de seconde zone, par essence suspects. Seule la première conception de la laïcité a force de droit, car elle seule garantit la liberté et l’égalité de tous. Or, l’AMF, bien qu’elle s’en défende, dérive vers la seconde conception.

Ce choix est inquiétant. Le retour de l’intégrisme laïciste ne serait pas moins dangereux pour la paix civile que ne l’est l’intégrisme religieux. En ouvrant des conflits là où il n’y en a pas et en blessant sans raison les citoyens qui pratiquent leur religion paisiblement, il serait la pire réponse apportée aux défis actuels. L’AMF se prévaut d’une « réflexion sans a priori » et appelle à un « vivre ensemble apaisé dans une société pluraliste ». Elle commence mal…

Notes:

  1. Ce document figure dans le numéro de novembre du magazine Maires de France publié par l’AMF.
  2. Ce document figure dans le numéro de novembre du magazine Maires de France publié par l’AMF.

24 novembre 2015

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