Madame Lagarde est arrivée rue de Constantine comme à son habitude : tailleur strict, longue écharpe et sourire bright. La patronne du FMI est entendue par la Cour de de la République en sa qualité d’ancien ministre des Finances ayant organisé le tribunal arbitral destiné à régler le litige qui opposait Bernard Tapie au Crédit lyonnais. Règlement qui a conduit les contribuables français à verser aux époux Tapie la somme colossale de 403 millions d’euros, dont 45 de dommages et intérêts pour préjudice « moral », un adjectif qui fait beaucoup rire dès lors qu’il est accolé au nom de Tapie…

On a aussi réglé au passage des honoraires colossaux aux trois « sages » constituant ledit tribunal arbitral, de bons radicaux de gauche comme Tapie dont deux fort âgés (messieurs Bredin et Mazeaud), le troisième (Pierre Estoup) étant régulièrement en affaires avec l’avocat de Tapie, Me Lantourne. Soit un conflit d’intérêts évident sur lequel, à l’époque, on n’a pas cru bon de s’attarder.

On connaît la suite. Le tribunal arbitral a rapidement tribuné et arbitré, vous et moi avons banqué. Relevons néanmoins que, trois ans plus tard, Bernard Tapie était toujours un citoyen insolvable, Le Canard enchaîné (26/09/2011) révélant alors à la France ébahie que l’homme d’affaires était toujours considéré comme en liquidation personnelle, c’est-à-dire en faillite pour une histoire de dette de 3,8 millions d’euros auprès de l’URSSAF des Bouches-du-Rhône. Une bagatelle liée à l’OM. Depuis, il s’est racheté un yacht de 75 mètres de long, le « Reborn » bien nommé, qu’il loue 570.000 euros la semaine, et plus récemment la presse du Sud-Est avant, sans doute, de briguer la mairie de Marseille. Bref, Tapie sera toujours Tapie.

À madame Lagarde, sa bienfaitrice, on reproche essentiellement trois choses : avoir eu recours à un arbitrage privé pour un conflit impliquant une structure publique ; avoir fait modifier le protocole initial d’arbitrage afin d’y intégrer la notion de préjudice moral ; enfin avoir refusé d’engager un recours contre la sentence ahurissante rendue par ce tribunal.

Madame Lagarde est très sereine, assure n’avoir subi alors aucune pression en provenance de l’Élysée, même si l’on peut s’étonner que les radicaux de gauche auxquels appartenaient les « sages » du tribunal arbitral et Tapie soi-même se soient, par la suite et pour un temps, ralliés à la Sarkozie. Un hasard, sans doute.

Enfin, Tapie ambitionnant à l’évidence, et quoi qu’il en dise, un retour en dans ces Bouches-du-Rhône, paradis de la magouille et du grenouillage, il pourra toujours prendre conseil auprès de madame Andrieux. Ancienne vice-présidente de la région, elle vient d’être condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, pour malversations. Elle est accusée d’avoir détourné, à des fins de clientélisme électoral, plus de 700.000 euros de fonds publics. Une bagatelle.

Croyez-vous que le PS l’ait virée ? Que nenni. Monsieur s’est contenté de lui demander une mise « en congé du parti le temps de la procédure d’appel ».

Finalement, une équipe Andrieux-Tapie-Guérini, ça ferait une belle affiche pour les municipales, non ?

24 mai 2013

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.