Black Lives Matter reproche, entre autres, à l’homme blanc de prêter des fonds aux pays africains dont les intérêts pèseraient sur des économies fragiles au point de les dépouiller. En dehors de l’Afrique du Sud, tous les États africains sont soit en voie de développement (stade intermédiaire) soit en développement (ex-tiers-monde). Ils ont tous besoin de capitaux pour se développer. Étant incapables de tirer des fonds d’une agriculture peu performante, ils doivent donc se tourner vers l’aide internationale.

En principe, les fonds prêtés ne servent que pour des projets économiques, mais la corruption dans cette partie du monde est telle que, dans quelques pays, une partie des prêts va dans la poche des dirigeants. Et même si aucuns fonds ne sont détournés, les projets économiques s’avérant souvent moins rentables que prévu, les pays africains sont incapables de rembourser leurs prêts. Aussi, régulièrement, les créanciers se réunissent-ils pour annuler une bonne partie des dettes africaines, sauf celles du FMI ou de la Banque mondiale. En avril 2020, le G20 a décidé de geler jusqu’en juin 2021 les remboursements des prêts d’État à État (pas les prêts commerciaux de banques à États). On continuera cette exemption en , mais les États africains estiment que cette concession est insuffisante car elle ne touche qu’une faible partie des 345 milliards d’euros dus par le continent. Après moult palabres, on leur accordera sans nul doute plus, les contribuables européens étant d’une générosité sans fin.

Or, la Chine possède un tiers de la dette totale de l’Afrique. Entre 2000 et 2017, 143 milliards d’euros seraient sortis de Chine pour construire des infrastructures en Afrique (routes, ponts, chemin de fer, stades, hôpitaux). 70 % de la dette de Djibouti serait entre les mains de Pékin, mais en échange, notre ancienne colonie a accordé une base navale à la Chine. La Chine a décidé d’appliquer le gel décidé par le G20, elle a entamé une timide collaboration avec le Club de Paris (22 États) qui cherche à renégocier la dette africaine (c’est-à-dire à l’annuler en partie). Mais cette collaboration atteindra vite ses limites : en effet, les prêts chinois aux Africains ont été consentis par des entreprises privées qui cherchent avant tout leurs profits et refuseront la moindre annulation de prêt. Une collaboration active avec le Club de Paris impliquerait que les clauses et le montant des prêts chinois soient rendus publics, ce que ne veulent pas les entreprises chinoises. Des organismes occidentaux affirment que les taux chinois seraient deux fois plus élevés que ceux de la Banque mondiale, ce que dément formellement Pékin.

Les clauses de garantie semblent léonines. La Chine a construit une voie ferrée entre Nairobi et Mombassa. Mais le Kenya, qui a surestimé les bénéfices tirés de cette nouvelle infrastructure, est incapable de rembourser le prêt consenti par la banque chinoise Exim Bank. Celle-ci avait pris pour garantie le port de Mombassa, la société kenyane chargée d’exploiter ce dernier est contrainte de verser à la banque chinoise tous ses bénéfices (importants). Est-ce du néocolonialisme ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas, le Kenya s’en tire bien. Au Sri Lanka, un montage similaire a permis à la Chine d’obtenir la propriété d’un port.

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