Editoriaux - Justice - Table - 18 mai 2016

L’affaire Anatrella, ou la vraie faute de l’Église envers les homosexuel-le-s

Dans son édition du 6 mai, le site Mediapart se fait l’écho d’accusations contre le « psychanalyste de l’Église », son « spécialiste en homosexualité » : Tony Anatrella. Durant des séances visant à « guérir de l’homosexualité », il aurait pratiqué sur ses patients… des actes homosexuels. Monseigneur Vingt-Trois appelle explicitement les accusateurs à porter plainte.

Prudence toujours et présomption d’innocence. Ce grand théoricien de la possibilité de « guérir de l’homosexualité » a-t-il commis ces actes de perversion caractérisés que sont l’abus de faiblesse du « thérapeute » sur des personnes souffrant… de ses théories foireuses ?

La justice le dira si elle est saisie. Mais en tout état de cause, l’affaire Anatrella montre quelle est la vraie faute de l’Église aujourd’hui envers les personnes homosexuelles.

Tony Anatrella, s’appuyant sur l’escroquerie intellectuelle de Freud, explique depuis des décennies que les homosexuels sont foncièrement immatures, narcissiques, incapables d’amour, et qu’il faut s’opposer à leurs vies de couple.

Anatrella se contente d’écrire, fustigeant le PACS : « Au lieu d’inviter chacun à se socialiser, mieux vaut faire fi des normes objectives » ; « Qu’on le veuille ou non, l’homosexualité reste le symptôme d’un problème psychique et d’un en-deçà de la différence des sexes » ; « L’inquiétude qu’inspire l’homosexualité […] est un sain réflexe de survie quand elle apparaît comme la négation du sens de l’autre, de l’amour objectal et de la filiation » (Le Monde 1999).

Peut-il ignorer qu’au moins un certain nombre de ses lecteurs comprendront : « Séparez-moi donc ces chien-ne-s en chaleur. Ces lubriques qui osent invoquer « l’amour » pour leurs saletés. Ces êtres incapables d’amour véritable : l’amour-don. »

La « tentation Lyssenko » de l’Église concernant l’homosexualité s’illustre dans le choix d’Anatrella comme conseiller. Comment l’Eglise peut-elle entériner les élucubrations d’un homme dont la référence est un de ceux qu’elle nomme « maître du soupçon » : Freud ?

« Maître du soupçon », c’est-à-dire du doute sur l’existence de l’amour. Freud et sa théorie des pulsions, sa vision animalisante de l’humain, ses mensonges sur sa « sublimation » enferment l’être humain dans le mal d’égoïsme, irrémédiablement. C’est-à-dire dans le « péché originel ».

Le problème théologique que pose l’homosexualité est des plus complexe, je pense que la faute de l’Église n’est certainement pas de ne pas l’avoir résolu, mais elle est de trop prétendre l’avoir fait, alors qu’il n’en est rien, et qu’elle a été des plus négligentes envers les homosexuels.

Des parents chrétiens d’enfants homosexuels témoignent des conséquences dramatiques de la théologie actuelle. Le public ne peut pas comprendre la cohérence de la doctrine de l’Église lorsqu’elle choisit des Anatrella. C’est pourquoi l’homosexualité est et sera la « pierre d’achoppement » de l’Église : elle devrait y prendre garde.

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