Editoriaux - Politique - Table - 5 mars 2017

En lâchant Fillon, son parti s’est irrémédiablement disqualifié

À l’instar de François Ier, battu et fait prisonnier par les Espagnols à Pavie, François Fillon constatera-t-il ce soir, après le rassemblement du Trocadéro, que “tout est perdu, fors l’honneur” ? Et, fort de ce constat, consentira-t-il, ainsi que le lui demande sa famille politique, à se retirer de l’élection présidentielle pour laisser la place à un autre candidat ? Quelques heures avant ce grand meeting qui, quoi que l’on en pense, a des relents d’agonie, nul ne peut le dire.

S’il faut reconnaître une qualité à celui qui est encore le candidat désigné de la droite et du centre, c’est bien le courage et la combativité. Combien d’hommes politiques auraient supporté l’acharnement médiatique, politique et judiciaire dont il fait l’objet depuis maintenant plusieurs semaines ? Combien d’entre eux auraient accepté de voir leur famille mise en cause et traînée dans la boue ? Très peu, certainement. Bien sûr, dans cette résistance acharnée du Sarthois, il est toujours possible de voir de l’aveuglement, et même de l’inconscience. Mais s’il est véritablement innocent des accusations portées contre lui, qui pourra lui reprocher de s’être battu jusqu’au bout, pour son droit et son honneur ?

Mais il est vrai qu’en politique, l’honneur pèse bien peu de chose face aux enjeux du pouvoir. Rien d’étonnant, donc, à ce que sa “famille” et ses “amis” politiques aient décidé de le lâcher les uns après les autres, après une lente mise à mort.

Cette mise à mort du candidat Fillon, soigneusement orchestrée et préparée, en signe une autre : celle de la droite parlementaire. Contrairement aux déclarations de certains caciques, évidemment sarkozistes ou juppéistes, ce n’est pas le maintien de sa candidature qui déchire son parti, mais son parti qui achève sa dislocation avec l’affaire Penelope.

Depuis un certain Guy Mollet, nous le savions : la France a la droite la plus bête du monde. Grâce à l’affaire Fillon, nous savons désormais qu’elle a aussi la droite la plus lâche du monde. Incapable de rester soudée à l’issue de primaires qu’elle s’est imposée “pour faire moderne”. Incapable, alors qu’elle était donnée gagnante de la présidentielle (et certainement des législatives qui suivront), de faire taire leurs ego démesurés. Incapables de donner à leurs électeurs l’image d’une formation politique susceptible, par sa cohésion, sa détermination et son sens des responsabilités, de redresser la France et de lui redonner sa grandeur, ils ont préféré faire honte à un électorat qui paiera le prix fort pour ce qui restera un des plus grands scandales politiques de la Ve République.

Ainsi, de la même manière que Hollande fut élu à cause du rejet de Sarkozy, Macron risque d’être élu parce que la droite n’aura pas été en mesure d’assumer ses choix, et notamment le résultat de la primaire qu’elle a pourtant voulue et organisée. Plus de quatre millions d’électeurs auront ainsi été roulés dans la farine, leurs avis ne valant pas plus, in fine, que de la roupie de sansonnet.

Face à cette mascarade démocratique et à la piètre image d’une droite qui s’est disqualifiée elle-même – et qui est donc indigne de gouverner -, seul reste le recours aux valeurs incarnées par Marine Le Pen. Alors que, peu à peu, les Français sont dépossédés de leur avenir par un système mondialisé qui n’hésite plus à s’affranchir de leurs décisions, les prochaines élections constituent, à n’en pas douter, la dernière occasion de refuser ce qu’on veut leur imposer. Alors, aurons-nous moins de courage que les Britanniques ?

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