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Editoriaux - Polémiques - Politique - 29 mai 2020

La vision panoramique de Sibeth Ndiaye

On vous aurait demandé, hier, combien Renault fabrique de bagnoles par an, je vous fiche mon billet que vous n’auriez pas su répondre. Ce n’est pas bien car, après tout, Renault, c’est un peu à vous, à nous, l’État y étant tout de même actionnaire à 15 %. Désormais, vous n’aurez plus aucune excuse de ne pas savoir. Et grâce à qui ? À .

En garde à vue chez Bourdin, vendredi matin, la porte-parole du gouvernement a eu évidemment droit à sa question sur la firme au losange après cette annonce de 5.600 suppressions d’emplois en France et de 15.000 dans le monde. Pourquoi Renault va mal ? Vaste question. Et comme il faut avoir réponse à tout, tout de suite, dans cette espèce de « kouïz » inquisitoire qu’est le passage chez Bourdin, Sibeth Ndiaye, qui avait sans doute un peu potassé ses fiches avant sa convocation, s’est lancée dans une explication approximative et en même temps très affirmative, fidèle à sa marque de fabrique. « Aujourd’hui, Renault fabrique six millions de voitures par an et en vend trois millions, donc vous avez trois millions de voitures qui restent sur le carreau. » Les chaînes tournent à bloc et les voitures s’alignent, s’empilent, toujours plus, sur des parkings à perte de vue. Pas plus compliqué que ça. Coluche, en son temps, avait expliqué que la grève, qui durait « des fois trois semaines, des fois même trois semaines, voire même trois semaines », servait à résorber le stock. Sibeth Ndiaye ne propose pas que les ouvriers de chez Renault se mettent en grève pour résorber le stock mais, dit-elle, « on comprend, quand vous produisez six millions et que vous vendez trois millions, le besoin de refonder votre appareil industriel ». C’est clair, Sibeth.

Sauf que Renault ne produit pas six millions de véhicules par an. Six millions, c’est sa capacité de production. Nuance. Auto Plus, qui n’est pas un journal spécialement engagé comme on dit, réagit immédiatement : « À la rédaction d’Auto Plus, on ne pouvait pas laisser passer ça. » Et de qualifier les propos de la ministre d’« énormité ». Au grand bonheur des réseaux sociaux qui prennent alors la suite. Faut dire que Sibeth Ndiaye est une bonne cliente. Mais elle ne se laisse pas démonter comme ça. C’est sa force, au fond. Action, réaction : « J’ai dit ce matin que Renault fabriquait 6M de voitures et en vendait 3M. Je parlais de la capacité de production de Renault. En effet, l’entreprise a une capacité de production de 6M de véhicules par an, mais n’en produit que 3M, ce qui pèse sur l’entreprise. » Notez qu’elle ne dit pas qu’elle s’est plantée. Non. Elle dit qu’elle a bien dit ça mais que ça voulait dire ça.

Maintenant, faut être honnête, si Sibeth Ndiaye peut tout dire, elle ne peut pas tout savoir. Elle le dit elle-même, quelques secondes avant de s’être lancée sur cette satanée capacité de production. « Combien de suppressions de postes dans le plan ? », lui demande le commissaire Bourdin qui a fait monter des sandwichs. Comme elle hésite, il lui rappelle qu’elle est actionnaire, histoire de la désarçonner. « Moi, pas directement », répond la gardée à vue. « C’est l’État qui est actionnaire. » Merci, on n’était pas au courant. Et de préciser : « Je ne suis pas ministre de Bercy, bien que j’aie une vision panoramique de l’action publique »… Bourdin n’a pas la présence d’esprit de lui demander quel modèle de véhicule Renault lui permet cette belle vision panoramique sur l’action publique. Dommage. Mais on retiendra que Sibeth laisse les questions de détail aux Le Maire, Darmanin et autres grouillots à courte vue qui pédalent dans les bureaux de Bercy. Elle, elle est au-dessus de tout ça. Elle fait dans la vision d’ensemble. Alors, six millions de bagnoles…

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