Une enquête des Pompes funèbres générales vient de le révéler à l'occasion de la fête de la Toussaint : 70 % des obsèques en sont religieuses. Sans doute ce chiffre est-il en baisse, comparé à celui de 2008, mais dans un pays réputé parfaitement déchristianisé, il reste singulièrement élevé.

S'il est un ultime endroit où la religion, persona non grata en Occident, trouve l'asile politique, c'est la mort. La d'un proche qui vous force, au moins jusqu'au jour de l'enterrement, à poser votre carte bleue, votre téléphone, vos projets de rencontre et de voyage, votre vie en mode « cent mille volts », et à répondre à la question eschatologique de ce fils, neveu ou jeune cousin qui vous tire résolument la manche de votre manteau : « Il est où, maintenant, grand-père ? »

C’est pour cela que si l'on doit, comme l'ont suggéré certains, sacrifier certaines fêtes chrétiennes dans notre calendrier, la Toussaint, fête dérangeante s’il en est, sera à coup sûr dans la première charrette.

Si à force de patience, on a réussi à ficeler dans le bolduc doré, si à force de persévérance, on a réussi à faire fondre dans le chocolat, pas moyen de toiletter la Toussaint pour lui donner un air convenable. Halloween ? Un flop, un bide, une déroute. Le greffon n'a pas pris. Les panoplies de zombies sont en soldes dès le 15 octobre chez Toys“R”Us, et il n'y a guère que dans quelques salons de coiffure de province que l'on voit encore pendouiller tristement une ou deux citrouilles grimaçantes dans la vitrine, entre les shampooings.

Et la Toussaint est toujours là, bon pied bon œil, avec son corollaire, le jour des défunts, ses pots de chrysanthèmes que l'on traîne, ses caveaux dont on gratte la mousse et dont on arrache les mauvaises herbes, ses moments de communion familiale, encore plus intenses qu'à Noël, puisqu’ils incluent aussi les disparus. La terre, les morts... Tout cela vous a des relents barrésiens passablement suspects. Et puis il y a ce pari de Pascal, qui ne vient jamais autant vous chatouiller que ce jour-là : et si c’était vrai ? Si, en effet, tout ne s’arrêtait pas définitivement là, six pieds sous terre ?

On prétend que le nombre d’obsèques religieuses va inexorablement aller en diminuant. La aidant, les crémations, bien plus économiques que les inhumations, auraient le vent en poupe, assorties le plus souvent d’obsèques civiles. Voici venir d’Allemagne, qui n’est pas terre natale pour rien de Lidl et d’Aldi, la mode des enterrements low cost, du trépas à « prix cassé » : on vous propose la prestation minimale, sans options superfétatoires, le dernier voyage façon Ryanair. Même le cercueil y est en carton. Un concept malin. Pour le brûler dans la foulée, n’est-ce pas, inutile d’investir…

A moins que le service religieux ne devienne au contraire une valeur refuge. La garantie d’un peu de solennité, malgré la pacotille. Rien ne peut atteindre la dignité d’un catafalque posé sous une croisée d’ogives. Pas même un cercueil en carton.

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3 novembre 2013

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