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Agriculture - Culture - Editoriaux - International - Presse - Radio - Table - 17 janvier 2013

La terre ne ment pas ; les politiciens, si…

Marrant de voir comment les véritables informations peuvent passer à la trappe et les fausses, faire la une des gazettes. Ainsi aura-t-il fallu écouter la brillante revue de presse de Natacha Polony sur Europe 1 pour avoir vent de ce « scoop », dont pour l’instant, seul Midi libre semble s’être fait l’écho. Il ne s’agit pas de n’importe quoi, puisque cela concerne la survie alimentaire de la planète en général, mais aussi de nos paysans en particulier.

Ainsi apprenons-nous que la Confédération paysanne — syndicat certes minoritaire et parfois plombé par l’un de ses dirigeants historiques, José Bové — a rappelé l’actuel Président à ses promesses de campagne, dans lesquelles il était stipulé que « les agriculteurs perdaient un droit immémorial d’utiliser gratuitement les semences de ferme ». Il est un fait que le 28 novembre 2011, une loi votée par l’UMP obligeait ces mêmes paysans à passer à la caisse dès utilisation de leurs propres semences, celles-ci étant propriété privée de multinationales les leur ayant au préalable vendues au prix fort. Pour l’instant, les décrets d’application de cette loi sarkozyste n’ont pas encore été publiés au Journal officiel. Et le gouvernement socialiste n’a pas encore tranché la question. Comme souvent. Comme toujours. Du côté de la FNSEA, silence radio. Rien à dire, puisque les représentants de ces entreprises agricoles, fortes de moins de 20 % de la population paysanne, totalisent près de 80 % des subventions européennes.

Au-delà des chiffres, cela signifie que l’agriculture française a vocation à être aux mains de cinq ou six multinationales de l’agro-alimentaire. Et que le fruit de leurs récoltes, de fait, ne leur appartiendra plus. Pis que tout, ces mêmes trusts entendent désormais étendre leur tyrannie sur les élevages bovins. Toujours selon Midi libre : « Les semences animales sont aussi dans le collimateur : à partir de 2015, il y aura une obligation de recourir à une insémination artificielle certifiée ou à des mâles certifiés. Les aides financières seront conditionnées au respect de ce processus de certification qui découle d’une directive européenne. » Et toujours cité par ce courageux quotidien régional, ce témoignage d’un éleveur : « Les chèvres de certains de mes collègues ont les mamelles qui traînent par terre, tellement on en a fait une sélection à outrance pour plus de rendement. Elles seraient incapables d’aller dans la garrigue, comme les miennes. Je suis sur des bêtes rustiques, chez moi, c’est l’arc-en-ciel des chèvres. » Le brave homme que voilà…

Dans le même temps, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, déclare dans VSD du week-end dernier : « J’ai une ambition forte : faire de la France le pays leader européen de l’agro-écologie. […] Mon grand-père n’avait que cinq hectares, quatre vaches et une belle jument qui s’appelait Sirène. J’ai gardé la photo où l’on me voit assis dessus… » Certes. En attendant, un trust international tel que Monsanto pousse ses pions. Monsanto… Ou Monsatan ? Et où sont ces écolos, préoccupés de tout, hormis d’écologie ? Nulle part ou n’importe où ailleurs. Ce qui revient au même. N’oublions pas que nous ne sommes jamais que les usufruitiers temporaires de notre jardin commun. Légué par des forces qui nous dépassent. Et qu’il nous revient de léguer dans le meilleur état possible à ceux qui nous survivront. Pour l’instant, c’est mal barré.

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