“Le Front al-Nosra fait du bon boulot”, jugeait Laurent Fabius en décembre 2012, époque où il était encore notre ministre des Affaires étrangères. Récemment rebaptisé Front Fatah al-Cham (la reconquête du Cham, antique et fantasmé, est aussi l’objectif de l’), le Front al-Nosra a revendiqué l’assassinat d’Andreï Karlov, ambassadeur russe en Turquie. Laurent Fabius croit-il toujours que ces « rebelles modérés », pourtant liés à Al-Qaïda, font du « bon boulot » ?

Le est toujours cette mosaïque complexe d’ethnies et de religions immémoriales sans cesse traversées par des rancunes tenaces, qui inspirait au général cette phrase célèbre : “Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples.” Malheureusement, les pays occidentaux – au premier rang desquels l’Empire états-unien – ont oublié les leçons du passé. Cela fait dix ans que les néo- projettent de « remodeler » la région, avec les résultats négatifs que l’on sait : guerres à répétition, résurrection de l’ de combat ici et là-bas, crise migratoire, massacres perpétuels des minorités…

Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il est extrêmement difficile de comprendre précisément les tenants et les aboutissants de la guerre civile syrienne, étendue jusqu’en Irak. Mais qui pourrait dire, aujourd’hui, que la France a tenu son rang en Syrie ? Dès le départ, l’exécutif s’est fixé comme objectif prioritaire la destruction de Bachar el-Assad, président légitime du pays. Certes, l’homme est loin d’être un modèle. Il était, toutefois, indéniable qu’il était – et reste – le garant de la stabilité institutionnelle d’un pays confronté à l’horreur absolue. Entre deux maux, il faut toujours choisir le moindre.

Après avoir tiré sur monsieur Karlov, Mevlüt Mert Altintas a crié « Allah Akbar » avant de motiver son geste comme étant une « vengeance pour Alep ». La Syrie représente l’échec le plus caractérisé de la doctrine moyen-orientale pensée à Washington au début des années 2000, comme en témoigne ce crime odieux. Par ailleurs, il est possible que ces luttes puissent donner, un jour prochain, une traduction à l’ actif. Demain, ces gens trouveront peut-être leur Lénine.

L’assassin d’Andreï Karlov ne sera pas le nouveau Gavrilo Princip. La Russie et la Turquie sont alliées de fait. Ces deux empires revanchards ont des intérêts convergents en Méditerranée. La nature ayant horreur du vide, ils ont profité des errements de l’Occident, marginalisé par sa versatilité et malade de son projet multiculturaliste. a déjà désigné l’ennemi de l’intérieur, son Belphégor Gülen, rendu responsable de tous les maux qui pourraient l’affliger… La Turquie continuera à se jouer de nous, ambiguë et tournée dans le sens de l’Histoire quand nous restons à quai.

Il n’est pas plus réaliste que souhaitable d’instrumentaliser l’ de combat, un ennemi héréditaire qui capitalise sur notre esprit de soumission. Comprenons que si nous le renforçons dans les pays naturellement musulmans, nous le renforçons ici. Que cela plaise ou non à nos belles âmes, la Syrie légale est plus que jamais un partenaire incontournable dans ce combat.

22 décembre 2016

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