Dr Folamour, ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, c’est le titre, en version française, de la tragi-comédie explosive qui marqua le début de la renommée mondiale de Stanley Kubrick. Sorti en pleine guerre froide entre le “monde libre” et le bloc soviétique, six mois après l’assassinat de John Kennedy, deux ans après la fameuse crise des missiles qui mit la planète à un cheveu de la Troisième Guerre mondiale, le film, presque constamment drôle, déroule l’implacable scénario d’une escalade. On y voit comment, par la faute d’une poignée de faucons, plus vrais que nature, et de la malchance, ce qui était à l’origine un simple incident, dans le cadre de grandes manœuvres de routine, débouche, en dépit des efforts du président américain et de son homologue soviétique, sur l’Apocalypse. L’un des personnages principaux, particulièrement néfaste, de cette fiction est donc ce fameux Dr Folamour, en anglais Dr. Strangelove, savant nazi mal débarbouillé de son idéologie et recyclé par les États-Unis dans la recherche militaire, un dingue pas doux du tout.

Au point de violence et d’intensité où est arrivée la crise ukrainienne, il est tout simplement urgent de proposer un plan de paix qui ménage la susceptibilité et les intérêts des deux parties en cause. On ne doute pas des bonnes intentions de la chancelière allemande et du président français, mais force est de constater que leur voyage à Kiev et à Moscou n’a débouché que sur “des échanges constructifs et substantiels”, c’est-à-dire sur rien. Tant qu’à Washington, à Berlin et à Paris on persistera à conforter le président Porochenko dans son intransigeance et à vouloir arrimer l’Ukraine au bloc occidental, voire à l’OTAN, dans un d’agressivité et de défiance vis-à-vis de la Russie, tant qu’on ne tiendra pas la balance égale entre deux belligérants arc-boutés sur des positions inconciliables, on ne fera qu’envenimer un conflit qui ressemble chaque jour davantage à une guerre pour de vrai. Est-il envisageable de maintenir l’intégrité territoriale de l’Ukraine ? En tout cas, pas dans sa configuration actuelle, et moins encore en en faisant comme aux plus sombres jours de la guerre froide un avant-poste de l’Occident pour on ne sait quelles éventualités. La solution est dans la fédéralisation et la finlandisation de l’Ukraine, comme le dit excellemment Andreï Gratchev, ancien conseiller spécial de .

Or, tandis que le président Obama, fidèle à lui-même, s’obstine à ne rien décider et s’enferme dans un système de sanctions contre-productives, trop dures pour ce qu’elles ont de doux, trop douces pour ce qu’elles ont de dur, qui ne crèvent pas l’abcès mais l’enveniment, et permettent à de justifier sa raideur face à son opinion, les partisans d’une politique de force s’activent à créer de l’irréparable. La Pologne, les pays baltes, la Tchéquie, la Roumanie ont payé un trop lourd tribut à l’impérialisme tsariste puis bolchevique pour qu’on ne comprenne pas leurs craintes et leurs rancunes, mais font l’erreur de confondre l’URSS de Staline et la Russie de Poutine. La majorité républicaine du Congrès républicain donne à son habitude dans la surenchère sans avoir les mêmes excuses. Mais que dire des propos irresponsables qui ont été tenus en cette fin de semaine lors de la conférence annuelle sur la sécurité internationale qui s’est tenue à Munich ? Est-ce l’installation de bases de l’OTAN dans l’Est européen, ou la création et les grandes manœuvres d’une force d’intervention OTAN dans la même région qui vont faire baisser la tension ?

Fort de l’appui du secrétaire d’État John Kerry pour qui “toutes les options sont sur la table” – on sait ce que signifie cette formule, qui depuis quinze ans prélude aux engagements militaires américains. Le général Breedlove, qui n’est pas n’importe qui mais le commandant en chef de l’OTAN pour l’, a déclaré que “si la diplomatie ne suffit pas”, il a “autre chose dans sa boîte à outils”. Et qu’est-ce qu’il a, dans sa boîte à outils, ce bon docteur Breedlove ? Eh bien, naturellement, des canons, des blindés, des missiles, tout ce qui est nécessaire pour mettre l’armée ukrainienne au niveau de l’armée russe, tout ce qu’il faut pour mener une vraie guerre par procuration, tout ce qu’il faut pour engager l’Ukraine, pour commencer, la Russie, pour suivre, et, de proche en proche, l’Europe orientale et les forces de l’OTAN dans un conflit de dix ans, à l’afghane ou à la vietnamienne, dans l’hypothèse la plus favorable. Se rappelle-t-il encore, ce foudre de guère, que la Russie est une puissance ?

9 février 2015

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