Les salariés de la SNCM ont ce matin encore reconduit leur grève, ajoutant à chaque jour qui passe 4 000 voyageurs mécontents et 1 million d’euros de déficit supplémentaire au gouffre financier dans lequel ils n’en finissent pas de sombrer.

Des années – que dis-je –, des décennies qu’on renfloue à coups de « plans de sauvetage » ce bateau ivre. Mais la peinture fraîche qu’on badigeonne à chaque fois sur la coque ne peut cacher les mines posées à fond de cale, celles des scandales passés (détournement des marchandises embarquées et autres rackets), du clientélisme et de la surenchère syndicale d’une CGT Marins qui aura bientôt fini de faire crever tout le trafic portuaire de Marseille.

La nationale Corse Méditerranée agonise. Son actionnaire Veolia, via Transdev (coentreprise formée avec la Caisse des Dépôts), voudrait bien récupérer les 66 % qu’on lui a refourgués pour éviter la précédente catastrophe. Grand seigneur, Jean-Marc Ayrault a annoncé que l’État (actionnaire à 25 %, les 9 % restant étant détenus par les salariés) apportait "de la fraîche" : 30 millions d’euros sur la table pour franchir 2014. Une honte, répliquent en se pinçant le nez les syndicats et le maire Jean-Claude Gaudin : ça paiera tout juste les salaires de décembre et janvier ! D’autant qu’on se demande bien pourquoi l’État mettrait 30 millions à la mer quand l’ exige que la SNCM rembourse au même État français les 440 millions qu’il lui a déjà refilés, ce qui constitue une concurrence parfaitement déloyale vis-à-vis des autres transporteurs.

On notera au passage que, malgré ces sommes astronomiques dispensées au fil des années, ladite SNCM s’enfonce quand les autres compagnies voguent allègrement sur la belle bleue. Autres compagnies, d’ailleurs, chez qui tout n’est pas clair non plus, la CGT/SNCM se plaignant notamment, depuis des années, des aides déguisées dont bénéficie son ennemi juré Corsica Ferries, via « l’aide aux passagers », pour assurer « la continuité territoriale » entre la Corse et le continent. Corsica Ferries créé justement pour échapper aux incessants « mouvements sociaux » de la SNCM qui bloquaient l’île tous les quatre matins. Corsica Ferries, compagnie low cost qui navigue sous pavillon international… L’affaire est en justice depuis Noël.

Dans un entretien accordé au journal La Provence, Frédéric Cuvillier, ministre des Transports, assure : « Nous ne laisserons pas faire ce qui conduira à la disparition de la SNCM [...]. Nous sommes face à une succession de décisions qui s'apparentent à un acharnement. Encore une fois, nous ferons tout pour ne pas perdre la SNCM. 440 millions d'euros, vous imaginez ? C'est une condamnation à mort ! On ne prendra pas ce risque. » Non seulement on ne demandera pas le remboursement, mais on en rajoutera encore : 30 millions par ci, 30 millions par là… quelle importance puisque c’est le contribuable qui paye, même si, comme vous et moi, il ne prend jamais le bateau pour la Corse, la Sardaigne, l’ ou la Tunisie.

De grève en grève, la SNCM finira par crever. Question de temps, comme les chantiers navals, comme le trafic maritime, comme le trafic ferroviaire, comme tout ou presque ce qui, depuis la guerre, a été laissé aux mains de la CGT et de ses clones, les SUD et consorts.

Au-delà de ce cet incurable mal hexagonal, on peut aussi s’interroger sur la schizophrénie d’un État français, européen et européiste s’il en est, mais qui se refuse à respecter le droit communautaire dès lors qu’il lui paraît défavorable à sa cuisine interne. Les avantages, oui, les contraintes, non. Très français, en somme.

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4 janvier 2014

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