La Servante écarlate : dystopie féministe anti-Trump ou miroir de la charia ?

Maintenant que la gouverneur de New York porte un hijab, quel patriarcat dénonce la série ?
Capture d'écran X
Capture d'écran X

La Servante écarlate, cette série américaine tirée de la dystopie écrite par Margaret Atwood et qui était devenue l’épouvantail agité par toutes les féministes anti-Trump, se retrouve, cette fois, brandie sur X par les détracteurs républicains de la gouverneur de New York. En effet, Kathy Hochul, bien que se prétendant féministe, s’est affichée avec un hijab lors d'une intervention à l'Islamic Cultural Center School dans le Bronx. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux, de nombreux internautes relevant l'incohérence entre son combat féministe et le port de ce voile devant une assemblée d'hommes.

Une gouverneur féministe et résolument anti-Trump

Kathy Hochul est non seulement une féministe revendiquée, mais aussi une démocrate vigoureusement anti-Trump. Celle qui est gouverneur de New York depuis plus de cinq ans avait annoncé, dès le 6 novembre 2024, prendre des mesures pour « pour protéger [les] libertés fondamentales [des New-Yorkais] en vue du second mandat du président élu Donald Trump » avec, notamment, « la nouvelle initiative "Empire State Freedom Initiative" [visant] à élaborer des plans globaux pour contrer toute menace politique ou réglementaire susceptible d'émaner d'une administration Trump ». Elle ajoutait aussi « que l'État de New York a[vait] déjà pris des mesures pour protéger l'accès à des avortements sûrs et légaux, notamment avec l'adoption hier de la Proposition 1, qui inscrit les libertés en matière de procréation dans la Constitution de l'État ».

En bref, au lendemain de l’élection de Donald Trump, Kathy Hochul sortait le grand parapluie féministo-progressiste contre la révolution conservatrice et réactionnaire qui ne manquerait pas de s’abattre sur New York et les États-Unis.

Le patriarcat réactionnaire dénoncé par The Handmaid’s Tale

Il faut dire que la gouverneur de New York n’est pas la seule à avoir ressorti l’épouvantail du patriarcat et des droits des femmes en danger pour l’occasion… et c’est d’ailleurs dans cette perspective que la série The Handmaid’s Tale [La Servante écarlate, NDLR] était même devenue, selon les mots de Marianne, « un outil de combat féministe contre Trump ». En effet, « fréquemment comparée à l'Amérique de Trump, la série The Handmaid's Tale est devenue un phénomène viral, aux États-Unis. Plus qu'une fiction, elle est reprise par les femmes pour lutter en faveur de leurs droits », expliquait, en 2017, le magazine français. En bref, la série est une dystopie tout à fait effrayante dans laquelle les femmes ne sont, au choix, que des faire-valoir pour les dirigeants du régime, des reproductrices, des nounous ou des gardes-chiourmes de leurs congénères. Et celles qui refusent de s’y soumettre sont persécutées, mutilées ou tuées.

En 2021, Le Nouvel Obs revenait, lui aussi, sur ces militantes féministes qui se déguisaient en servantes écarlates, avec leur coiffe blanche et leur longue robe et cape écarlates, pour dénoncer les mesures anti-avortement de certains États républicains. Ainsi, en endossant les uniformes de la série qui « met en scène l’instauration d’une dictature religieuse et patriarcale nommée Gilead sous laquelle les femmes sont privées de leurs droits, torturées, rituellement violées et réduites à leurs fonctions procréatrices », résumait Le Nouvel Obs, où les femmes, résumait Marianne, « ont perdu leurs droits de posséder, de lire, de travailler, et même celui de sortir seules », il s’agissait, pour les militantes américaines, de dénoncer le retour d’un patriarcat réactionnaire qu’était censé incarner par essence Donald Trump.

Quand l'argument se retourne

Pourtant, nous voilà en 2026, et si la description du régime totalitaire patriarcal de La Servante écarlate vous rappelle plutôt l’Afghanistan des talibans ou l’Iran des mollahs que l’Amérique de Trump, vous n’êtes sans doute pas les seuls. Preuve en est, d'ailleurs, que sur X, de nombreux internautes ont relayé une vidéo de la gouverneur de New York portant un hijab devant une assemblée d’hommes vêtus de tenues islamiques et ont dénoncé une incohérence entre les prises de position anti-patriarcales de Kathy Hochul et ce choix de porter le voile pour complaire à une assemblée religieuse masculine.

Ainsi, l’élu républicain du Texas Brandon Gill publie une capture de cette vidéo avec la légende : « Démocrates : "Les républicains sexistes transforment l'Amérique en Servante écarlate !" » Il n’est pas le seul. En reprenant la vidéo virale du compte End Wokeness, nombreux sont ceux à faire le rapprochement avec la série américaine, comme Wall Street Mav, par exemple, ou Planet of Memes. La comparaison devient virale. « Ils font la leçon à l’Amérique à propos de The Handmaid’s Tale. Puis la gouverneur de New York se couvre la tête pour une salle d’hommes et appelle ça du leadership », écrit, encore, l'influenceur politique Gunther Eagleman.

Les féministes se tromperaient-elles de combat ?

Retournement de situation ? Les féministes se tromperaient-elles de combat ? Le Nouvel Obs rapportait que « la série [était] aussitôt devenue un étendard de la lutte féministe, jusqu’en Pologne ou en Argentine où les mêmes costumes ont fleuri au sein des marches pour le droit à l’avortement », expliquant que c’était aussi le but recherché par les scénaristes, producteurs et acteurs. Pourtant, une scène de cette fameuse série aurait pu interpeller les militantes féministes si promptes à dénoncer le patriarcat occidental qui restent bien souvent aveugles quand il vient d’ailleurs : dans l’épisode 7 de la saison 4, l’héroïne June est en proie à une sorte de syndrome de stress post-traumatique, une fois échappée de Gilead, quand elle croise, par hasard, dans un supermarché, deux femmes en burka écarlate. Mais, comme disait Simone de Beauvoir, « le pire fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance mais le refus de savoir »...

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Je ne connais pas la série et ne souhaite pas la découvrir… Que ses propres contradictions échappent à la Gouverneur de New York est assez surprenant. Toutefois, quand on sait que le maire est musulman, il est permis d’y voir un signe d’allégeance… Enfin, pour répondre au commentaire de knyr, je dirai, davantage par souci d’objectivité que par féminisme forcené, que c’est sous le règne d’Elisabeth Ier que l’Angleterre a connu son âge d’Or !

  2. Ce qui est remarquable chez certaines femmes, pour un triste individu comme votre lecteur, c’est leur pouvoir incohérent. Elle prétendent et recherchent l’égalité homme femme, revendiquent les mêmes droits mais pour y parvenir s’accrochent aux pieds des boulets que les hommes rejettent pour eux-mêmes, par nature. Ils porteront volontiers le chapeau ou la casquette par défaut de protection capillaire ou par grand froid mais ne revendiqueront surtout pas que cela leur soit imposé.

  3. Un grand professeur d’histoire du droit avait coutume de dire que l’humanité avait connu trois âges : primo , le matriarcat qui avait présidé à son developpement numérique ; secundo le patriarcat qui avait assuré so développement intellectuel et artistique pour finir , tertio , par s’abîmer dans les délices du secrétariat ….
    Ce qui est certain c’est que toutes les civilisations ont signé leur arrêt de mort dès qu’elles ont donné le pouvoir politique aux femmes .

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