Après l’attentat de , a vu fleurir des publicités clandestines pour le roman Le Grand Rembarquement ; titre à cheval entre les concepts de Grand Remplacement et de Remigration. On pourra toujours dénoncer la nature contre-productive de telles campagnes, promptes à effaroucher le bourgeois des métropoles mondialisées. Et pourtant : la remigration doit devenir notre mythe mobilisateur.

Mythe, non pas dans le sens d’utopie irréalisable, mais dans le sens sorélien du terme : un horizon qui attise la ferveur révolutionnaire, à l’image du mythe de la générale pour le mouvement ouvrier. Hostile au déterminisme marxiste légitimant passivité et laisser-faire, Georges Sorel mise sur la volonté, l’activisme et l’enthousiasme révolutionnaire : l’Homme n’est pas cette brindille malmenée par le flot de l’ mais peut, au contraire, en détourner le cours – notamment par la violence.

Car le projet d’une remigration est bien de nature révolutionnaire. Pour Antonio Gramsci (qui partageait, lui aussi, une vision non déterministe, non fataliste du marxisme), toute révolution, pour réussir, doit être précédée d’une conquête des esprits, d’une lutte contre « l’hégémonie culturelle » (bourgeoise chez lui, sans-frontiériste chez nous). Pour Gramsci, si dans les années 1920 la révolution communiste tarde toujours à advenir en Occident (contrairement aux prévisions de Marx), c’est que la classe ouvrière est domestiquée par l’idéologie dominante (ironiquement, le nationalisme était alors identifié comme l’une de ses composantes). Aux intellectuels communistes de fournir aux ouvriers les armes idéologiques de leur libération.

C’est ici qu’il nous faut combiner Gramsci et Sorel, qui écrit : « On peut indéfiniment parler de révoltes sans provoquer jamais aucun mouvement révolutionnaire, tant qu’il n’y a pas de mythes acceptés par les masses. » Aussi, l’idée d’une remigration doit-elle être activement diffusée. Elle doit se tailler une place maîtresse dans le débat public et imprégner les esprits, que l’ont soit pour ou contre.

En outre, la perspective d’une remigration possède de nombreuses vertus, pour nous, comme pour nos ennemis en puissance. Si ce programme est souvent présenté comme criminel, il est en fait pacificateur. Il pourrait empêcher qu’une guerre larvée ne se transforme en guerre ouverte, offrant une porte de sortie aux envahisseurs qui seront rapidement – qu’ils ne s’y trompent pas – assiégés et réduits. Pour eux, il doit être synonyme d’espoir : nous ne sommes pas condamnés à un face-à-face meurtrier, est vaste et vous êtes libres d’émigrer vers votre terre d’origine (« hijra » pour les musulmans pratiquants ; « retour vers la terre des ancêtres » pour les autres).

La remigration en appelle également à leur honneur : « Vous qui avez perdu toute dignité, à vivre aux crochets d’un pays que vous haïssez, devenez des hommes et retournez bâtir votre véritable patrie. » Et pour flatter les plus belliqueux, nous rajouterons : « Retrouvez-nous ensuite, en uniforme, sur les champs de bataille d’une guerre conventionnelle, comme le grand Saladin qui jadis affrontait les croisés. »

Bien sûr, cette « aliyah musulmane » se heurtera aux âpres réalités économiques des pays d’origine, comme cette dont la manne pétrolière évanescente la précipite chaque année davantage vers une nouvelle implosion.

Enfin, si l’horizon de la remigration peut sembler chimérique, souvenons-nous que l’Histoire est peuplée de chimères qui ont fini par s’incarner.

7 août 2016

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