Monseigneur di Falco ne fait pas de reproche, n’exprime ni colère ni mécontentement, il se contente d’exposer les faits dans un tweet. Cela suffit pour donner l’ambiance. « La RATP refuse la mention “POUR LES CHRÉTIENS D’ORIENT” sur les affiches annonçant le concert des #PRÊTRES à l’Olympia ».

Sur le site du diocèse de Gap, on trouve quelques précisions : les affiches pour cet événement prévu le 14 juin étaient prêtes. Elles ont dû être réimprimées, la RATP demandant que la phrase soit supprimée. Cachez donc ces chrétiens d’Orient que je ne saurais voir.

On apprend à cette occasion que déjà, en octobre dernier, pour une prestation au palais des Congrès, la RATP avait dans un premier temps refusé les affiches à cause de la croix portée par l’évêque. C’est vrai que sur un évêque, on ne s’y attend pas, c’est un peu choquant.

Les usagers du métro parisien le savent bien, la RATP a toujours été très pointilleuse avec sa pub, veillant à ne pas heurter les âmes délicates : promotion du site Gleeden (« Contrairement aux antidépresseurs, l’amant ne coûte rien à la Sécu »), mise en scène graveleuse d’une saucisse de Morteau (« 20 centimètres de pur bonheur »), slogans égrillards du site de réservation d’avion Liligo (« J’ai trouvé le moyen le plus économique pour m’envoyer en l’air »)… Le métro, chacun le sait, c’est l’univers ouaté de la comtesse de Ségur. Alors les chrétiens d’Orient, n’est-ce pas, sont priés de rester derrière le portillon. Ils sont inconvenants.

La RATP, dit-on, arguerait du fait que sa charte proscrit toute communication à caractère « religieux ».

Ah bon ? On est un peu surpris. On a le souvenir précis d’avoir vu dans ses couloirs, il n’y a pas si longtemps, une affiche Benetton montrant une religieuse embrassant langoureusement un curé. Ou encore une publicité Leclerc parodiant la Cène (« OK, c’est moi qui coupe le poulet »).

Il faut donc en déduire que sont interdites toutes les pubs faisant montre d’un symbole religieux, sauf s’il s’agit de le tourner en dérision ? Que Mgr di Falco et ses prêtres se le tiennent pour dit : ils n’auront, la prochaine fois, qu’à trouver une vanne salace sur les chrétiens d’Orient, cela fera passer la pilule. Cela tombe bien : en ce moment, ils donnent vraiment envie de rire.

Mais on jurerait, pourtant, avoir aussi remarqué en juin dernier une campagne spéciale « ramadan » (le mot était en toutes lettres) orchestrée par l’entreprise Buzz Mobile, avec une jeune femme impeccablement voilée brandissant une carte téléphonique au-dessus du slogan « Je peux gassar sans compter ! » Et là, s’il y avait une plaisanterie, elle nous a échappé.

Qu’y peut-on si ceux qu’aujourd’hui on « éradique », pour reprendre le mot de Laurent Fabius à la tribune de l’ONU, ont ce point commun d’être chrétiens et que cet adjectif écorche les oreilles de certains ? Faudra-t-il convenir de les appeler autrement, d’une façon plus « correcte » – Les « tuuuuut » d’ Orient ? – pour que ceux-ci acceptent de les aider ? Demande-t-on à un naufragé quel qu’il soit d’enlever sa kippa, son tchador, sa médaille de baptême avant de lui tendre la main ?

À moins qu’en ces temps troublés post-Charlie, la RATP, courageuse mais pas téméraire, qui interrompt le trafic au moindre cartable oublié dans une rame, craigne de s’attirer des bricoles avec la seule mention « chrétiens d’Orient » ? Ils sont bien gentils, hein, mais la RATP n’a rien à voir avec eux. Et le coq chanta trois fois.

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