Jusqu’en 2010, les généraux ayant quitté le service actif étaient réservistes à vie et, en tant que tels, soumis au même devoir de réserve que tous leurs camarades militaires d’active. À ce titre, ils ne pouvaient pas s’exprimer en public sur la politique gouvernementale, oralement ou par écrit.

Cette mesure non rétroactive n’a pas concerné les plus anciens tels que le général Piquemal qui, né en 1940, appartenait donc bien toujours à la réserve en février 2016, au moment des faits qui lui ont été reprochés.

Ès qualité, il ne pouvait donc s’associer à une manifestation non autorisée, et encore moins y prendre la parole. Une sanction est donc possible.

Saisie, la justice a relaxé le général Piquemal, estimant, à juste titre, que le soi-disant désordre créé à l’ordre public ne méritait pas mieux. Le parquet ne faisant pas appel, le général a pensé l’affaire terminée. Probablement n’avait-il pas entendu le ministre de la Défense évoquant, immédiatement après les faits et avant toute procédure, sa radiation des cadres.

Mais une telle mesure n’est pas du ressort du ministre. Elle appartient au président de la République, qui la prononce sur proposition du conseil de discipline réuni par l’armée concernée.

Tout porte à croire que, dans ce cas précis, l’armée de terre ne souhaitait pas donner de suite à cet incident. Juger, voire condamner ses anciens n’est pas dans ses gènes. C’était sans compter sur l’opiniâtreté du ministre, qui ne voulait sans doute pas laisser passer l’occasion de mettre au pas ceux qui, parmi les généraux de la 2e section, commençaient à donner de la voix et à mettre ouvertement en doute la politique du gouvernement, notamment - mais non exclusivement - en matière de défense.

Il a donc enjoint l’armée de terre d’examiner en conseil de discipline le cas Piquemal et de proposer des sanctions. Il avait donc déjà décidé qu’il y en aurait ! Règlementairement, il n’y a pas à redire car il est fréquent qu’une faute sans conséquence sur le plan judiciaire entraîne l’application en interne de mesures disciplinaires, comme c’est la règle en cas d’atteinte à l’image de l’institution.

Cependant, le cas Piquemal est révélateur. Respectable ancien, il est outré par la dérive de son pays et réagit. Ce faisant, il met en évidence l’incapacité de nos dirigeants actuels à protéger les Français. Pour ce qui le concerne, notre gouvernement, en fin de règne difficile, cherche à éviter jusqu’à la fin du quinquennat toute controverse en matière de politique de défense, seul domaine où les acteurs de terrain ont pu, malgré des moyens trop contraints, à force de courage et de dévouement, donner au président de la République une image positive dont les experts savent qu’elle n’est maintenue qu’au prix de prodigieux efforts, de courage et d’abnégation.

C’est pourquoi le gouvernement s’efforce de museler, quand ce n’est pas de casser, les voix dont il redoute qu’elles soient de plus en plus écoutées, provenant de militaires auxquels la population accorde sa confiance à plus de 80 %. Un rêve pour ces politiques toujours suspects de manœuvres à but électoraliste ou à caractère personnel.

Y verraient-ils une possible rivalité à étouffer dans l’œuf ?

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7 octobre 2016

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