Editoriaux - Histoire - Politique - Télévision - 2 février 2017

La primaire, quelle misère !

Vous avez remarqué qu’une nouvelle donne politique s’est inscrite dans notre agora française : la primaire. À droite, à gauche, chez les écolos, la primaire a envahi l’espace médiatique. En même temps, c’est un bon moyen de remplir les plateaux de télévision et de faire de l’Audimat à bas prix : le Français aime la politique, et ce, qu’importe la chaîne.

Cependant, combat de coq ou de chef il n’y a point eu, puisque les débats ont été complètement aseptisés, les candidats préférant, par respect et souci d’unité, ne pas rentrer dans le lard de ces amis/adversaires. Car, à terme, c’est bien l’union de tous les participants des primaires qui doit prévaloir derrière un seul candidat. Enfin, ça, c’est le principe !

Jusqu’à présent, rien ne nous permet d’affirmer que ces primaires ont été, de ce point de vue, un succès. À gauche, c’est la mort physique du PS (la mort cérébrale étant bien antérieure) à laquelle on assiste en direct. À droite, c’est l’exécution de François Fillon qui, s’il ne met pas un frein à toute cette histoire, risque de voir son camp s’éparpiller. D’ailleurs, certaines petites voix commencent à piailler et l’on parle même de plan B au cas où la mort médiatique et clinique de Fillon serait annoncée. Niveau unité dans le parti derrière un candidat commun, on a déjà vu mieux…

On n’a cessé de nous interpeller sur le fait que la primaire est créatrice d’unité pour « porter un projet commun » et « soutenir le candidat du changement ». Le problème, quand on donne le choix au peuple, est qu’il juge et sanctionne son propre choix. Le politicien n’est qu’un produit de consommation comme un autre : s’il ne sert plus ou fonctionne mal, il faut le jeter.

Pour le cas de Fillon, par exemple, la primaire a-t-elle été un atout ? Sans doute, car elle lui a fourni une base de quatre millions d’électeurs déclarés sympathisants de la droite et du centre. La cruauté de la primaire, c’est que la période entre la fin de la primaire et l’élection présidentielle est minée : on n’est pas protégé par le statut de Président, mais on a été choisi par des électeurs. Ce qui fait que la légitimité découle directement d’une partie du peuple, dans un sens comme dans l’autre : la sanction du désamour n’empêche pas l’exercice du pouvoir ; par contre, elle limite considérablement la possibilité d’y accéder…

À la réflexion, ces primaires ne sont pas nécessairement une force dans un système politique comme le nôtre. Et l’on pourrait même aller plus loin : elles sont une faiblesse. L’on constate que ceux qui s’en sortent bien dans les sondages (on va compter Macron, également, malgré ses scores dopés : en athlétisme, il aurait été interdit de course…) sont ceux qui ne sont pas passés par celles-ci.

L’avantage du candidat naturel, c’est que l’unité s’impose de facto alors que le candidat de la primaire doit s’occuper de la construire. Dans cette affaire, les primaires, qui ont été une « réussite » et une « victoire de la démocratie » (contre qui ?), ont fait du dégât. Le PS meurt à petit feu, les écolos ont fait une primaire si insignifiante qu’à leur place, je fermerais boutique, et enfin la droite – celle qui a le mieux réussi en ayant réuni beaucoup de monde – risque de payer très cher ses casseroles.

En même temps, les électeurs ont donné près de huit millions d’euros aux Républicains : à ce prix-là, le robot ménager Fillon pourrait au moins fonctionner ! C’est ça, le drame, en politique, aujourd’hui : c’est qu’il n’y a plus de service après-vente !

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