Editoriaux - Histoire - Politique - 4 novembre 2016

La primaire ouverte, un scandale politique

Si les socialistes et Les Républicains organisaient chacun leur primaire interne, il n’y aurait rien à redire. Et même, pourquoi pas, une primaire de la droite et du centre organisée pour les adhérents des différents partis constituant cet ensemble, à partir du moment où une majorité des adhérents concernés en auraient accepté le principe.

Mais je m’étonne que la pratique d’une primaire ouverte, initiée par les socialistes en 2007 – désormais imités (comme en bien d’autres choses, mais c’est un autre débat, quoique…) par la droite et le centre -, n’ait pas provoqué l’indignation collective à laquelle on aurait pu s’attendre, pour peu que l’on soit attaché aux règles élémentaires de l’équité politique.

Car, enfin, imaginons que vous soyez un militant convaincu, adhérent, cotisant, participant régulièrement aux réunions de votre parti ; collant des affiches la nuit au besoin, distribuant des tracts le samedi matin si nécessaire ; bref, un militant dévoué, se battant pour une cause volontiers comparée au bien commun, le plus souvent sans en attendre autre chose que la satisfaction de voir au moins une partie de vos idées défendues et illustrées par ce parti… Soudain, on vous annonce que le candidat de votre parti sera désigné par le tout-venant : les militants, certes, mais aussi les passants, les badauds et, pourquoi pas même, des adversaires trop heureux de venir brouiller vos cartes ! C’est une aberration.

Certains se consolent en espérant que les électeurs étrangers à ces partis ne prendront pas la peine de se déplacer ; d’autres ergotent en rappelant que les badauds, les électeurs inconnus devront signer au bas d’un texte où on leur aura fait affirmer adhérer plus ou moins aux orientations idéologiques du parti dont les rênes leur sont ainsi confiées le temps d’une minute décisive.

Mais c’est le principe lui-même qui est choquant : un parti est une association de citoyens, ses candidats peuvent être investis de différentes manières, par le seul chef, par une équipe dirigeante ou par la multitude des adhérents ; mais en tout état de cause, à l’intérieur de cette association. Ce à quoi l’on assiste aujourd’hui anticipe peut-être quelque chose d’encore plus grave : le droit de vote accordé aux résidents étrangers, c’est-à-dire la disparition pure et simple de la citoyenneté ou, plus exactement, du droit premier (le plus fondamental) du citoyen.

Ironie de l’histoire, ou plutôt évolution naturelle de toute république qui, par essence, se veut oligarchique : ce sont les héritiers bruyants de 1789 qui sont aujourd’hui les artisans de cet effacement de la citoyenneté.

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