Le 30 mai 2018, j’écrivais un billet favorable au rétablissement de la peine de mort. Ce sujet resurgit. Un sondage récent montre que la majorité des Français restent favorables à l’application de la peine de mort aux auteurs de crimes particulièrement odieux pour lesquels aucune circonstance atténuante ne peut raisonnablement être invoquée au regard du forfait perpétré. D’ailleurs, tous les nombreux sondages faits dans le passé vont dans ce sens. Il y a toujours eu une majorité pour estimer qu’elle demeurait un mal nécessaire pour punir, et aussi – ce qu’on occulte trop souvent – mettre hors d’état de nuire à nouveau les monstres que sont devenus certains hommes. Remarquons que, sur ce sujet de société majeur, on s’est bien gardé de demander par référendum leur avis aux Français, sans doute parce que la réponse n’aurait pas été celle que nos dirigeants souhaitaient.

Ce qui a joué contre le principe même de son application, c’est, psychologiquement, le côté barbare de l’exécution au moyen de la guillotine. Nous étions les seuls, dans le monde civilisé, à pratiquer encore la décapitation. On aurait pu trouver quelque chose de moins choquant.

Mais que des criminels en série, des assassins d’enfants, de vieillards, des monstres joignant la barbarie au meurtre, des terroristes ayant perpétré leurs forfaits aveugles dans des lieux où, nécessairement, ils allaient tuer et blesser n’importe qui n’encourent pas la peine qu’ils n’hésitent pas à infliger à des innocents est une injustice. Et un encouragement. Même dans les cas qui relèvent de la criminalité « ordinaire », on peut dire qu’un meurtrier a intérêt à tuer les témoins possibles de son acte. Dans le meilleur des cas, il augmente ses chances d’échapper à la police et à la justice. Dans le cas contraire, deux, trois ou quatre victimes ne changeront guère son sort.

En outre, si on veut que, demain, notre société trouve encore des défenseurs en la personne des juges et des policiers, il faut aussi penser à les protéger. Et la meilleure protection, c’est la possibilité que leur assassinat puisse mener tout droit au gibet. Peu d’humains, en Occident, ont de l’attirance pour le martyr.

Un argument fort contre la peine capitale est le risque de l’erreur judiciaire, hélas sans recours. Mais on pourrait modifier les textes, au moins dans ce cas, pour que la sentence ne puisse pas être prononcée sur la seule « intime conviction des jurés », notion qui, dans un pays démocratique et, dit-on, de droit, est en elle-même et dans tous les cas une étrangeté, convenons-en. Quand une sentence irréversible est possible, il faut des preuves indiscutables de la culpabilité ; et c’est de moins en moins utopique grâce aux progrès considérables accomplis dans les années passées, et ceux à venir, par la police scientifique.

Les humanistes autoproclamés de ce pays vont sans doute être horrifiés de ce propos. Ils ont deux arguments principaux : retirer la vie à un homme, fût-il un assassin, est contraire à nos valeurs, c’est se rabaisser à son niveau, et le risque du châtiment suprême n’est pas dissuasif, n’a aucune vertu préventive. Déjà discutable dans une société en paix où les crimes sont rares et ne remettent pas en cause les fondements de la société, ce point de vue est hors du temps quand on a affaire à des groupes ou des individus qui s’attaquent à n’importe qui dans le but ultime de détruire une société qu’ils haïssent, par la confusion, le désordre et la peur qu’ils propagent et, in fine, par les affrontements qui surgiront inévitablement au sein de la population si l’État n’est pas inflexible.

Voilà plus de cinq ans que le Président et le Premier ministre de ce pays ont prononcé le mot « guerre » pour qualifier ce qui se passe chez nous ; sans, toutefois, oser nommer l’ennemi. Infliger la mort est inséparable de l’acte de guerre. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que nous faisons au Sahel. Alors ? On peut tuer là-bas mais pas chez nous des ennemis déclarés de notre patrie, Français de surcroît généralement, donc des traîtres ? Ça n’a pas de sens.

Malheureusement, je pense qu’il faudra encore bien d’autres attentats, de massacres, pour que nos chefs descendent enfin sur Terre. Le courage et le bon sens ne sont toujours pas au pouvoir en France.

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