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Culture - Editoriaux - Education - Politique - Sciences - Sport - Table - Tribune - 6 septembre 2016

Non M. Piketty, la mixité sociale ne pallierait pas l’échec du collège unique!

Dans une tribune publiée dans Le Monde du 6 septembre 2016, Thomas Piketty, directeur à l’École des hautes études en sciences sociales, dénonce « la ségrégation sociale dans les collèges » qui atteindrait « des sommets inacceptables », notamment dans l’agglomération parisienne, et regrette que le gouvernement n’ait pas vraiment cherché à promouvoir la mixité sociale. Rien de nouveau dans le constat, mais les solutions proposées sont discutables.

Thomas Piketty n’a jamais caché ses sympathies pour la gauche. Spécialiste des inégalités, il préconise notamment la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, et la prise en compte dans les revenus du loyer fictif des résidences principales. Cette empreinte idéologique n’est pas absente de son analyse sur la mixité sociale.

Il vise les collèges privés, mais aussi les collèges huppés du public qui comportent peu d’élèves défavorisés, quand d’autres établissements atteignent les 60 %. En cause, les disparités territoriales, même à l’intérieur d’un arrondissement, puisque les affectations dépendent globalement de la carte scolaire, donc du domicile de la famille.

D’où les solutions suggérées : faire entrer les collèges publics et privés dans un même système d’affectation des élèves, revoir les secteurs et rendre les procédures plus transparentes. Il estime que le bon système de transport permet de développer la mixité scolaire sans augmenter démesurément le temps de déplacement. Cette argumentation a sa cohérence : elle se fonde sur le principe de l’égalité mais contrevient à d’autres principes tout aussi importants.

Rien ne prouve qu’une plus grande mixité sociale éliminerait toute ségrégation à l’intérieur des établissements. De plus, les élèves subissent d’autres formes d’inégalités : conditions de travail à la maison, aide apportée par la famille, acquis culturels. Enfin, les parents n’ont-ils pas le droit, voire le devoir de choisir pour leurs enfants l’école qui leur convient le mieux ? Faut-il leur interdire d’inscrire leurs enfants dans des établissements où l’enseignement leur paraît de meilleure qualité, où les problèmes de discipline ne sont pas l’ordinaire, où l’on peut travailler sans se faire traiter de bouffon ?

Par ailleurs, la demande de mixité sociale est une reconnaissance implicite de la différence des niveaux d’enseignement d’un collège à l’autre et une stigmatisation des plus démunis. C’est donc à l’intérieur de chaque collège, quelle que soit sa population, qu’il faut promouvoir les conditions de l’excellence. Il faut rendre attractifs les collèges défavorisés, en y offrant des options qui permettent à chacun de tendre vers l’excellence. Et, pour cela, rompre avec le syndrome de Procuste qui voudrait tout niveler.

Il faut aussi avoir le courage politique d’en finir avec l’utopie du collège unique. Les meilleurs, dans tous les domaines, doivent être repérés et encouragés, les perturbateurs systématiques confiés à des structures qui essaieront de les éduquer. Qui oserait dire qu’un élève de milieu défavorisé est incapable de bonnes études ? Ou qu’un cancre ne peut être issu d’une famille considérée comme favorisée ?

L’égalité, quand elle devient dogmatique, conduit à l’égalitarisme, accentue les inégalités et les contraintes. La mixité sociale est une vue de l’esprit, plus idéologique que généreuse. Le véritable progrès, c’est de donner à tous les élèves, quelle que soit leur origine et dans tous les établissements, les moyens de promotion intellectuelle et sociale. Rien n’est plus révoltant qu’un Mozart assassiné parce qu’on ne lui a pas donné la possibilité de développer ses talents.

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