Avouons-le, on a connu des fondations de partis politiques un peu plus glorieuses et porteuses de sens que l’érection de la Manif pour tous en parti pour raison « technique », qualificatif utilisé par Mme de La Rochère, sa présidente, pour justifier cette décision la semaine dernière.

Bien sûr, tout le monde n’est pas de Gaulle et ne crée pas le Rassemblement du peuple Français en se levant le matin. Ni même Mitterrand, usant de tout son art florentin pour fonder, sur les ruines de la SFIO, un Parti socialiste à sa main, lui qui n’avait jamais été socialiste. Plus récemment, la création de l’UDI, qui pourtant ne promet pas le Grand Soir, avait donné un certain souffle au centre et une certaine gueule… celle de Borloo, il est vrai.

Bien sûr, on connaît la chanson : ce ne sera pas un parti comme les autres, pas une « saloperie de parti comme les autres », pour reprendre l’aimable et très récente expression du député de Vaucluse, Jacques Bompard, à propos du Front national. Car il est de bon ton de dénigrer les partis dans notre pays et cela ne date pas d’aujourd’hui. Le RPF de De Gaulle ne se voulait pas un parti (c’est pourquoi, d’ailleurs, on pouvait adhérer à une autre formation politique comme le MRP, par exemple). Mais de Gaulle fut bien forcé de s’appuyer sur l’UNR, l’ancêtre de l’UDR et du RPR, pour gouverner la France.

Et pourtant, la Constitution, en son article 4, reconnaît aux partis leur rôle dans le fonctionnement de la démocratie : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage », suffrage qui peut être direct ou indirect, comme le précise l’article 3. Ce n’est pas rien et cela justifie pleinement que l’on puisse accorder des déductions fiscales aux personnes physiques qui font des dons aux partis. La démocratie n’a pas de prix !

Il faudra donc que LMPT concoure d’une façon ou d’une autre à l’expression du suffrage, suffrage qui ne s’exprime pas en manifestant mais en votant, s’il veut honorer le rôle que lui confère notre Constitution. Or, les responsables de ce parti flambant neuf nous annoncent qu’il n’est pas question de présenter des candidats aux élections. À voir… Si c’est une promesse, on sait ce qu’il en est en politique ! Ce serait, en tout cas, une première.

Alors, il faudra au minimum que LMPT donne des consignes de vote à l’occasion des prochains scrutins. Par exemple, les régionales en PACA. Pour la liste de Marion Maréchal-Le Pen, qui fut pratiquement de toutes les manifs en 2013 et dont le parti est le seul (à l’exception du microscopique Parti chrétien-démocrate), en bureau politique, à s’être prononcé pour l’abrogation de la loi sur le mariage homosexuel ? Ou bien, pour la liste conduite par M. Estrosi qui, personnellement, se réjouit de marier des homosexuels à Nice et dont la formation politique reste, pour le moins, floue sur ce sujet épineux ? Pas socialiste, tout de même, non ! Même si je connais un canton de Vaucluse où de « bons catholiques » ont préféré faire élire aux départementales un socialiste laïcard plutôt qu’un candidat FN, pourtant ardent défenseur de la famille traditionnelle. Abstention, alors ? Tout ça pour ça, dira-t-on…

Oui, il faudra bien que LMPT concoure d’une façon ou d’une autre à l’expression du suffrage. Sous peine de prendre le risque de voir des contribuables, un peu à cran par les temps qui courent, demander devant la justice administrative les raisons d’accorder la fameuse déduction fiscale de 66 % aux donateurs de LMPT. Mesquin ? Non, technique.

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