Editoriaux - Histoire - 19 décembre 2014

À la mairie de Béziers, la crèche restera !

On connaissait La Pastorale des santons de Provence, écrite par Yvan Audouard. On connaît maintenant la pastorale des santons de l’Hérault, écrite par Robert Ménard.

On pourrait en faire un conte de Noël, à lire le soir en famille. C’est l’histoire d’une petite crèche de rien, toute modeste, qui avait élu domicile dans le hall de la mairie de Béziers, et que certains – en l’occurrence de la Ligue des droits de l’homme – s’étaient mis en tête d’expulser. Allez ouste, Joseph, Marie, le petit Jésus, vous prenez vos vieilles nippes, votre ménagerie qui braie et souffle fort, et vous dégagez de là. Sauf que voilà, les Biterrois sont arrivés. Déterminés. Droits comme des santons Carbonel. Et aussi nombreux. Aussi divers. De tous horizons. Un nombre invraisemblable. Pressés de signer le livre d’or, sentant bien qu’il y avait là un enjeu, un enjeu symbolique fort, dépassant Béziers et même l’Hérault. Un enjeu qui ne concernait pas que les catholiques. Un enjeu français, tout simplement. Hé, Vendée, le conseil général avait dû courber l’échine et remballer son installation. Eh bien, ici, elle resterait. Touchez pas à notre crèche.

Et vendredi après-midi, la décision du tribunal administratif de Montpellier est tombée : la Ligue des droits de l’homme a été déboutée (pour la 4e fois depuis les dernières élections municipales). Et ce n’est pas une demi-victoire pour Robert Ménard, car le jugement est très clair : « La crèche dans le hall de la mairie n’est pas de nature à porter atteinte au principe de laïcité et de neutralité. »

On peut conjecturer à l’infini. Se dire que la détermination a payé : la foule grandissant, les réseaux sociaux s’en mêlant, Robert Ménard n’étant jamais à court d’idée, qu’allait-il donc se passer si le tribunal s’amusait à les prendre tous de front ? Un juge sensé a pu se poser la question. Et se demander aussi dans quel bobinard il était en train de mettre le doigt, – « La crèche, non. Le sapin, oui. Et la guirlande lumineuse, on dit quoi, pour la guirlande lumineuse ? » –, laïciser Noël étant aussi voué à l’échec que rendre le jambon halal. On peut aussi se dire qu’en ce 19 décembre, un juge, autant que sensé, s’est montré courageux. C’est ça, aussi, la magie de Noël.

En attendant, un coup d’arrêt a été donné. Un pied brutalement mis en travers d’une porte se refermant depuis des années, inexorablement, un peu plus chaque jour, sans faire de bruit, sur notre civilisation. Sur ce qui l’a modelée, pétrie, ce qui rythme son calendrier, ses joies et ses fêtes familiales, ce qui a construit sa géographie comme son histoire. Ce en quoi ont cru avec ferveur tant de générations. Sur la France de toujours, en somme, que certains voudraient appeler la France d’hier.

Et maintenant que le pied est là, qui empêche de fermer le verrou, il faut continuer à pousser. Rouvrir doucement mais sûrement. Le vent a tourné et souffle dans les voiles. L’affaire de « la crèche de Béziers » en est un nouveau signe, emblématique. Les santons biterrois ont relevé la tête, et ils donnent l’exemple. Joyeux Noël !

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