S’appuyant sur une demi-douzaine de photos qui ont circulé sur les , la LICRA vient d’annoncer qu’elle allait porter plainte pour des « quenelles » réalisées devant la synagogue de Bordeaux.

Laissons un moment de côté le débat sur le fondement juridique de cette démarche et posons la question de son but. Cette démarche est-elle de nature à faire reculer l’ ou au contraire risque-t-elle de provoquer en retour davantage d’antisémitisme encore ? Cette question est cruciale, car si la réponse est la seconde proposition, alors la démarche de la LICRA — et peut-être même sa raison d’être — est illégitime.

Revenons à la notion même d’antisémitisme, dont la définition – vous allez le voir – est loin de faire consensus.

Calquée sur celle du racisme, une première définition de l’antisémitisme est une hostilité aux juifs du seul fait qu’ils sont juifs. Cette définition a l’avantage de légitimer erga omnes la lutte contre l’antisémitisme au seul motif que nul ne peut être tenu pour responsable de ses origines. Mais Encyclopaedia Universalis parle aussi d’« une attitude d’hostilité à l’égard des minorités juives, quel que soit, d’ailleurs, le motif de cette hostilité », et beaucoup d’ouvrages de référence parlent tout simplement d’« hostilité à l’égard des juifs » sans plus de précision. La nuance est de taille. Certains, non sans raison, y voient pour les juifs – en tant que personnes – un chèque en blanc.

Si l’antisémitisme n’avait pas été puni par la loi, cette querelle sémantique n’aurait eu aucune implication juridique. Mais il n’en est rien. La loi punit la provocation à la discrimination, à la haine ou à la raciale ou religieuse. Ce qui nous amène à une deuxième difficulté d’ordre sémantique. Qu’est-ce qu’une provocation ? En droit positif, la provocation consiste dans le fait d’inciter la population, par des discours ou des écrits, à perpétrer telle ou telle infraction. Le provocateur s’efforce de créer un susceptible de faire passer à l’acte un quelconque lecteur ou un auditeur, déjà acquis à cette idée. Mais, une fois encore, la jurisprudence a pris ses aises. En témoigne un arrêt de la Cour de cassation du 17 février 1998 aux termes duquel « tombe sous le coup de l’. 24 al. 6 un écrit qui est de nature à faire naître dans l’esprit du lecteur des sentiments de discrimination et de haine à l’égard du peuple juif ». Ainsi, année après année, le champ de la lutte contre l’antisémitisme s’élargit. On ne parle plus de « perpétrer une infraction » mais de « faire naître des sentiments ». L’interprétation subjective du juge fait une entrée fracassante dans un domaine jusque-là réservé à la preuve objective, le tout résultant en une hyperinflation des actes suspectés d’antisémitisme.

En poursuivant inlassablement la moindre parole, le moindre geste, la LICRA ne peut que susciter un violent sentiment de rejet de la part d’une population jusque-là indifférente, des gens ordinaires qui -à juste titre – n’acceptent pas qu’on leur dicte ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas dire, a fortiori ce qu’ils peuvent penser dans leur for intérieur, sans pour autant songer à nuire à qui que ce soit.

Aussi, en apprenant cette action en – qui, je n’en doute pas, devrait aboutir à des condamnations –, je me suis fait cette réflexion : “Pour six quenelles devant la synagogue de Bordeaux, combien de quenelles (virtuelles) devant le siège de la LICRA ?”

7 janvier 2014

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