Editoriaux - Société - 23 août 2018

La loi PACTE… avec le diable ?

“Les enfants s’ennuient le dimanche”, chantait Charles Trenet. Mais ça, c’était avant. Deux députés LREM, Buon Tan et Claire O’Petit, appellent à élargir l’ouverture dominicale des commerces à l’occasion du vote, à la rentrée, de la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), qui complétera la loi « Macron » applicable aux seules zones touristiques internationales.

D’après eux, nos concitoyens en sont fans : ils veulent pouvoir se divertir mais aussi travailler le dimanche ! “Dans les grands magasins parisiens, un roulement entre salariés a même dû être mis en place. Ils étaient tout simplement trop nombreux à vouloir travailler le dernier jour de la semaine”, confie l’un d’eux à l’hebdomadaire Marianne.

Sauf que, pour nous, le dimanche n’est pas le dernier jour de la semaine mais le premier : “Le premier jour de la semaine nous étions réunis pour rompre le pain” (Actes des apôtres 20,7). Les autres jours de la semaine sont païens, dédiés, dans l’ordre, à la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne… Le dimanche romain était dédié au soleil, mais Constantin le convertit en « jour du Seigneur » car jour de la résurrection, par décret du 7 mars 321.

Secours inattendus, des députés France insoumise tiennent à garder un dimanche qui ne soit pas, tweete Adrien Quatennens, celui “du monde pourri de Macron [où] on bosse ou on lèche les vitrines”, mais celui des “balades familiales”. Le conseiller de Paris Europe Écologie Les Verts David Belliard, lui, rejette un élargissement dont le but final n’est autre que d’“assigner les gens au travail, toujours et tout le temps”.

Total business. Le totalitarisme semble, en effet, la marque de notre temps : là où l’Église imposait la trêve de Dieu, Clausewitz, au début du XIXe, prône la guerre totale. Là où elle instaure une trêve hebdomadaire du travail, notre monde moderne veut l’uniformité productive.

Ce besoin de repos périodique semble pourtant universel. Pour les musulmans, c’est le vendredi : “Ô vous qui croyez, lorsque vous entendez l’appel à la prière, le vendredi, empressez vous d’invoquer Dieu et délaissez tout activité commerciale” (Coran 62, 9). Pour les juifs c’est le samedi, et l’interdiction d’activité est totale.

La conception chrétienne est la moins absolue. Le Christ, dès l’origine, refuse du reste l’interdit total d’activité du sabbat. Il guérit un malade ce jour-là et dit : “Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat” (Marc 2,27). Et le commerce y trouvait son compte. Du temps où il y avait assez de curés pour assurer, chaque dimanche matin, trois messes dominicales dans toutes les églises des 40.000 communes de France, c’était le jour où les petits commerce de bouche, si malmenés depuis la naissance des « grandes surfaces », faisaient leur gros chiffre d’affaires.

La fin du dimanche chômé est-elle le prélude à un travail totalement dérégulé qui permettrait à chacun de travailler ou pas tel ou tel jour de la semaine à son choix ? Les députés FI craignent que ce soit alors le désir du patron et non celui du salarié qui prime.

Sans entrer dans ce débat, disons simplement avec Paul de Tarse, confronté à la même question dans l’Empire romain : “Tel fait la distinction entre les jours, tel les croit tous égaux. Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur.” (Romains 14, 1-6).

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