C’est beau, le consensus, quand il se cristallise sur des idéaux nobles. Certes, il faut parvenir à un dénominateur commun qui correspond peu ou prou à ce minimum syndical non négociable qui fait fi des nuances et divergences sur des sujets annexes. Une tribune, très Charlie, intitulée « Ensemble défendons la liberté », est signée par 129 médias, grands ou petits : presse écrite nationale en quotidien ou magazine, presse quotidienne régionale ou même ultra-locale, chaînes de radio ou de télévision publiques ou privées. Elle est relayée par Le Figaro. C’est évident, il faut défendre la liberté, celle de la presse comme celle des gens.

 

Il y a aussi les renoncements, le prix à payer pour obtenir ce consensus. Il est bien fait état de menaces qui pèseraient sur la liberté d’expression des médias. Des menaces de mort, parfois, qui émaneraient d’organisations terroristes internationales, ou des pressions qu’exerceraient des États. Les morts de Charlie montrent que les risques sont sérieux. Mais pas question d’identifier à qui adresser le moindre reproche ! Alors, c’est la foire aux périphrases pour ne pas désigner ouvertement la première des menaces qui émane des mouvances de l’islam radical. Comme d’habitude, on se contente de ne voir que le véhicule fou ou le couteau, mais surtout pas celui qui le conduit ou qui s’en sert pour trancher une gorge. Quand cesserons-nous d’avoir peur des seuls mots ? Comment pourrions-nous espérer vaincre des ennemis si nous craignons de les nommer ? Et comment ne pas s’esclaffer jusqu’à s’en tenir les côtes de lire en filigrane, dans ce texte, qu’une autocensure pourrait étouffer les prétendus « derniers esprits libres », au vu des carences du pouvoir régalien en matière de sécurité ?

Passons à la liste des 129 signataires, et surtout de ceux qui n’y sont pas. Vous n’y trouverez pas Mediapart. S’il est possible qu’ils aient été sollicités, leur ligne éditoriale islamo-gauchiste leur a peut-être interdit de s’y associer ? Et puis, il y a les autres absents, ceux qui n’ont sans doute pas été contactés. Ils sont présumés coupables de mal-pensance. Citons, sans prétendre être exhaustif : Valeurs actuelles, TV Libertés, Sud Radio, L’incorrect, Causeur, et… Boulevard Voltaire, bien sûr ! Défendre la liberté, y compris celle de la presse, soit, mais pas au prix du sacrifice de cet entre-soi délétère qui exacerbe un dégoût des médias de plus en plus palpable dans notre dis-société. Il ne faudrait pas croire que tous nos compatriotes sont dupes des discours lénifiants qui visent à éradiquer toute capacité de penser par soi-même, et les révoltes que pourraient légitimement inspirer à un esprit critique ce triste spectacle du monde.

Alors, Messieurs et Mesdames les hypocrites qui signez de telles tribunes sirupeuses, gargarisez-vous bien avec cette liberté surveillée où votre pusillanimité vous cantonne. Lorsque la maison brûle, les pompiers ne font pas une assemblée générale pour désigner un capitaine ou ajuster les procédures d’intervention. Vos peurs et le prêchi-prêcha permanent de votre bien-pensance vous mèneront aux oubliettes.

À lire aussi

StopCovid : l’acharnement thérapeutique

En politique, quand on est au bord du gouffre, on ne craint pas d’annoncer un grand bond e…