Culture - Discours - Editoriaux - Religion - 18 novembre 2015

La guerre ? Mais contre qui ?

On entend le même discours depuis quatorze ans quand, en 2001, Bush avait déclaré que son pays « entrait en guerre ». Et comme il ne souhaitait pas stigmatiser les populations musulmanes pacifiques, ni incommoder nos partenaires commerciaux du pétrole, il s’était contenté de désigner son ennemi par un mot flou : « le terrorisme ». Mais le terrorisme n’est pas un vrai ennemi, c’est une manière de combattre ; c’est comme si l’on avait dit que l’on ferait la guerre à l’embuscade…

Aujourd’hui, c’est au tour de la République française de déclarer que nous sommes en guerre, certes non plus contre « le terrorisme », mais contre « Daech », c’est-à-dire, en fait, comme pour Al-Qaïda, n’importe quel musulman de n’importe où dans le monde et à qui viendrait l’idée de s’en réclamer. Quarante ans ont passé depuis qu’en 1977, par le regroupement familial, la République a commencé d’inviter massivement chez nous une population fermement encadrée par une culture hostile, et trop nombreuse pour être assimilée.

Aujourd’hui, comment la police pouvait-elle prévoir qu’un paisible chauffeur de bus de la RATP se transformerait en tueur ? Comment prévoir qu’un jeune musulman reçu à l’Élysée parmi une petite délégation d’immigrés exemplaires irait, trois ans plus tard, tirer sur Charlie ?

Certes, depuis qu’à la nouvelle de l’attentat, Fresnes a retenti d’invocations assourdissantes « Allahou akbar », on ne pourra plus nier que nos prisons sont majoritairement peuplées de fanatiques. Mais ailleurs, comment distinguer un gentil Mouloud de son méchant frère Moustafa… parmi six millions d’immigrés ?

Dire que les islamistes frappent également les musulmans amicaux est vrai, mais stérile : durant la guerre d’indépendance algérienne aussi, le FLN a égorgé bien plus d’Arabes que d’Européens et, comme aujourd’hui, les Arabes francophiles étaient regardés comme traîtres à la cause, et l’ont payé de leur vie. Encore le principe de cette guerre était-il moins radical : aujourd’hui que la guerre nous est faite non plus au nom d’un patriotisme mais de l’islam, on a vu des soldats « français » refuser de tirer sur leurs coreligionnaires en Afghanistan. Ceux-là, à qui l’on fait saluer les couleurs chaque matin, comment espérer qu’ils accepteront de nous défendre par les armes contre leurs frères ?

Nous ne pourrons sortir de cette confusion angoissante. Où est notre ennemi ? J’ai bien conscience de poser ici la pire des questions possibles. Reste à espérer que ne s’imposera pas la pire des réponses possibles.

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