Dans l’affaire , il y avait jusqu’alors deux victimes : le mari abattu par sa femme en 2012 et la femme battue, des années durant, par le mari. Cette affaire fait aujourd’hui une troisième victime : l’autorité du chef de l’État. Les magistrats du tribunal d’application des peines de Melun viennent, en effet, de refuser la libération de , décision qui tombe comme un véritable camouflet pour le président de la République, qui avait accordé une grâce partielle à .

L’on s’étonne, on s’étrangle, on s’indigne et pourtant, tout était écrit depuis le 31 janvier de cette année dans un communiqué du palais de l’Élysée. “Le président de la République, en application de l’article 17 de la et après avis du ministre de la Justice, a décidé d’accorder à Madame Jacqueline Sauvage une remise gracieuse de sa peine d’emprisonnement de 2 ans et 4 mois ainsi que de l’ensemble de la période de sûreté qu’il lui reste à accomplir. Cette grâce lui permet de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle. Le président de la République a voulu, face à une situation humaine exceptionnelle, rendre possible, dans les meilleurs délais, le retour de Mme Sauvage auprès de sa famille, dans le respect de l’autorité judiciaire.”

À l’époque, il y a six mois (il y a une éternité), l’on avait salué de toutes parts la décision du Président, « face à une situation humaine exceptionnelle » et plus encore, sans doute, face à une mobilisation qui l’était tout autant. Une pétition avait rassemblé plus de 400.000 signatures, des politiques de tous bords étaient montés au créneau, à temps et à contretemps aussi – si l’on en juge la sage expertise de Philippe Bilger -, la presse quasi unanime… La décision à peine prise, Libération avait alors titré “Hollande libère Jacqueline Sauvage” : titre sobre mais faux. On devrait apprendre à lire dans les écoles de journalisme !

En effet, relisons ce communiqué : “rendre possible dans les meilleurs délais”, une phrase qui dit tout car elle ne dit rien. Du Hollande dans le texte. François Hollande ne libérait pas mais rendait possible la libération… nuance. Pour François Mitterrand, une messe était possible… et il y en eut deux. Pour François Hollande, pâle, triste et technocratique copie de son maître, le possible consistait à décider de s’en remettre à la justice. Ponce Pilate, sors de ce corps ! Quant à l’expression « dans les meilleurs délais », c’est une magnifique formule administrative qui peut aller de l’ipso facto au sine die ! La formule « dans le respect de l’autorité judiciaire » apparaissait presque comme une excuse d’user de ce droit de grâce incongru et archaïque, pour ceux – dont François Hollande était, durant sa campagne en 2012 – qui y voient une intrusion de l’exécutif dans le domaine réservé de l’autorité – et non du pouvoir, comme on l’entend trop souvent mal à propos – judiciaire.

Georges Pompidou, en 1972, alors investi de la magistrature suprême, appelé à se justifier, lors d’une conférence de presse, sur la grâce qu’il avait accordée à Paul Touvier (grâce qui ne portait que sur son interdiction de séjour et la confiscation de ses biens), avait expliqué ce qu’était la grâce présidentielle.

« Le droit de grâce n’est pas un cadeau fait au chef de l’État pour lui permettre d’exercer ses fantaisies. C’est une responsabilité parfois effrayante qu’on lui impose et qu’il prend au vu des dossiers et seul, avec sa conscience… Ce qui ne veut pas dire que la grâce constitue une absolution de la faute… Elle est purement et simplement un acte de clémence. Et c’est tout. »

Addendum : pour mémoire, ce tweet de Mme Taubira de janvier dernier “#JacquelineSauvage : je suis heureuse que malgré tous les avis réservés, le Président de la République ait fait droit à mes arguments. Ch T.” On attend avec impatience la réaction du garde des Sceaux émérite…

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