Editoriaux - Histoire - International - Justice - 7 décembre 2013

La gloire de Mandela

L’Union sud-africaine n’est pas le premier ni le seul pays d’Afrique – elle sera même le dernier, à la fin du XXe siècle – où la population autochtone aura arraché son indépendance à la minorité d’origine européenne qui l’avait colonisé.

Nelson Mandela n’est pas, tant s’en faut, le seul leader charismatique qui, après avoir appelé les siens à la résistance puis au soulèvement, après avoir préconisé et engagé la lutte armée, après être passé par l’obligatoire case « prison », a fait de son combat la base de sa popularité et de ses épreuves le marchepied de sa prise de pouvoir.

« Madiba » tranche sur la quasi-totalité de ses collègues africains, c’est dans les leçons qu’il a tirées de son expérience et dans l’usage qu’il a fait de sa victoire.

C’était tellement facile, c’était tellement tentant, il eût été si aisé, après soixante ans d’apartheid et trente années de guerre civile larvée, d’appeler la majorité africaine à courir sus aux Afrikaners, de déchaîner le vol, le viol, le massacre, le pillage contre les Blancs, et après une orgie de vengeance et de saccage, de régner en satrape sur les ruines d’un pays déserté par ceux mêmes qui, sur une base d’injustice et d’inégalité, avaient en trois siècles de labeur fait de leur pays le plus développé, le plus riche et le plus avancé de tout le continent.

La gloire, la gloire unique, la gloire immortelle de Mandela est et demeurera, espérons-le, sous ses successeurs, malgré les bavures que l’on peut reprocher et les tentations que l’on peut craindre de ceux-ci, d’avoir fait prévaloir la sagesse sur la rancœur, la réconciliation sur la haine et d’avoir préféré à un sinistre film en noir et blanc un avenir de toutes les couleurs.

En ceci, l’orientation et l’évolution de son pays, comparées, parmi d’autres, au comportement sectaire et borné d’un Mugabe et, bien entendu, au choix fait par les dirigeants algériens au lendemain d’Évian, de purger leur pays de la communauté européenne sans laquelle ses structures matérielles et morales se sont écroulées, demeureront le plus sinistre et le plus classique des contre-exemples.

Dans notre propre histoire, c’est seulement à deux reprises qu’au lendemain de périodes encore plus sanglantes et plus troublées que celle qu’a traversée le pays de Mandela, deux personnages d’exception ont imposé l’amnistie et la paix à des partis et des factions qui, sans eux, auraient indéfiniment et par tous les moyens prolongé la discorde et perpétué le chaos. Après soixante ans d’une guerre religieuse inexpiable entre catholiques et protestants, Henri IV en a décrété la fin. Deux siècles plus tard, Bonaparte obligeait aristocrates et révolutionnaires à cohabiter pacifiquement au sein d’une France réunifiée. Quelles qu’aient pu être d’autre part les erreurs de l’un ou de l’autre, ce simple fait leur vaut une place de choix dans notre mémoire nationale, comme son bref passage dans le ciel sombre de notre époque vaut à Mandela de siéger au Panthéon immatériel de la reconnaissance que l’humanité doit à ses trop rares grands hommes.

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