La désignation de François Fillon comme candidat de la droite à la présidentielle est une mauvaise nouvelle pour Marine Le Pen. Je l’ai écrit ici il n’y a pas plus d’une semaine et je le confirme aujourd’hui avec d’autant plus de détermination que l’élimination de François Hollande rebat les cartes encore une fois en défaveur de la candidate du Front national.

Pendant toute l’année 2016 – sondages à l’appui -, nous nous sommes habitués à l’idée que Marine Le Pen était assurée de participer au second tour. Or, tous ces sondages partaient de l’hypothèse que François Hollande serait le candidat de la gauche et que le candidat de la droite ne pouvait être autre qu’Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy. Dans cette configuration, Marine Le Pen bénéficiait à plein du score misérable anticipé pour François Hollande et, avec Nicolas Sarkozy en lice, elle bénéficiait aussi du rejet viscéral que suscite ce dernier chez les électeurs centristes, qui d’ailleurs se seraient portés sur François Bayrou. Force est de constater qu’en quinze jours, cet échafaudage s’est effondré.

Exit François Hollande, donc : une réconciliation, même de façade, des divers courants de gauche devient maintenant possible. Je ne serais d’ailleurs pas étonné que ce soit cet argument qui ait été décisif dans la décision du président de la République. Manuel Valls a, en effet, un argument massue pour forcer la gauche à s’unir : la nécessité absolue de faire barrage au Front national dès le premier tour pour éviter de disparaître aux législatives. Certes, de Jean-Luc Mélenchon à , la marge est grande, mais le risque est bien réel, lorsqu’à la fin il en va du gagne-pain des élus et – suprême humiliation – de la naissance d’un groupe parlementaire frontiste, plus important encore que le groupe socialiste. Alors s’unir derrière qui ? Bien malin qui pourrait répondre à cette question aujourd’hui, mais le but non avoué de cette primaire, contrairement à la primaire de droite, n’est pas de désigner le futur président de la République car plus personne ne croit, à gauche, à l’hypothèse d’une victoire finale en mai, mais seulement le plus rassembleur afin de parvenir à se qualifier pour le second tour et perdre avec un score honorable – une particularité qui pourrait donner ses chances à des personnalités de second plan, plus lisses que Manuel Valls.

À droite, avec François Fillon, exit le candidat du rassemblement. Grand triomphateur à l’intérieur de son propre camp, combien pèse-t-il réellement dans le pays ? Marine Le Pen peut compter, au premier tour de la présidentielle, sur un minimum de six millions d’électeurs. Au total, la primaire de droite a rassemblé 4 millions d’électeurs : où François Fillon va-t-il trouver des voix ? Pour avoir observé le désarroi des partisans d’Alain Juppé le soir de la défaite de leur candidat – Fillon a été sifflé et son discours couvert par une musique poussée volontairement à plein volume -, il y a de quoi être inquiet.

La sortie des trois dinosaures de la politique française bouleverse donc la donne. Théoriquement, nous devrions assister dans les semaines à venir à un resserrement des intentions de vote entre les cinq principaux candidats. Dans ces conditions, la présence de la gauche au deuxième tour ne peut plus être exclue, ce qui ouvre la porte à deux possibilités toutes les deux aussi cauchemardesques pour le camp des patriotes : soit Marine Le Pen n’arrive que troisième, soit Marine Le Pen – même en tête au soir du premier tour – est battue au second tour par le candidat de la gauche, dans une sorte de renvoi d’ascenseur des régionales.

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