Soudeur de profession, et de son propre aveu en proie à des difficultés financières, il est parfaitement compréhensible que ait répondu à une offre d’emploi alléchante – deux mille euros par semaine, au noir. Se peut-il qu’aussi bien avant son départ pour l’Indonésie qu’après s’être rendu sur place, il ait cru travailler pour d’honnêtes vendeurs d’acrylique alors qu’il mettait en place les installations nécessaires à la fabrication d’ecstasy ? Ne disposant d’aucun élément qui me permette de trancher dans un sens ou dans un autre, je me garderai bien d’en décider. Toujours est-il que c’est en tant que trafiquant ou complice de trafiquants de drogue que notre malheureux compatriote a été arrêté, incarcéré, jugé et condamné à la peine capitale, conformément à la loi indonésienne, pour un délit qui, en France, lui vaudrait tout au plus entre deux et cinq ans de prison.

Il y a huit ans que Serge Atlaoui, entre sursis accordés et recours rejetés, est tour à tour en proie dans le couloir de la mort aux affres de l’angoisse et aux tortures par l’espérance. Dans l’attente d’une décision finale annoncée comme imminente, sa vie ne tient plus aujourd’hui qu’à un fil. Si ce fil était coupé, ce serait la première fois depuis 1981 qu’un Français serait exécuté en vertu d’un arrêt de justice régulier.

Il est si souvent reproché, et à juste titre, à notre gouvernement de ne pas défendre avec assez d’ardeur et de constance les intérêts de nos ressortissants à l’étranger pour qu’on ne lui fasse pas grief de faire pour une fois son métier et son devoir. De même que notre ministre des Affaires étrangères et nombre de personnalités s’émeuvent et se mobilisent pour tenter de sauver Serge Atlaoui, il n’y a rien à redire et l’on ne demande qu’à croire que le seul souci qui les anime ne tient qu’à la simple humanité.

S’y prennent-ils comme il faut ? C’est une tout autre affaire.

Pour le défenseur et la famille de Serge Atlaoui, la police indonésienne n’est pas plus fiable que la justice indonésienne n’est impartiale. L’une bâclerait ses enquêtes, l’autre aurait chargé Atlaoui et épargné ses recruteurs locaux.

Reprenant et amplifiant ces accusations, M. Laurent Fabius – à qui il faudra bien un jour apprendre la diplomatie – et M. François Hollande vont plus loin en mettant en question la législation indonésienne qui retarde, à leurs dires, sur celle des grandes démocraties occidentales et civilisées – suivez leur regard. Et de menacer l’Indonésie de représailles, notamment économiques, si elle passait outre leurs représentations. Ils ne s’y prendraient pas autrement s’ils souhaitaient la mort d’Atlaoui. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait cru lui aussi pouvoir passer en force et arracher Florence Cassez à sa prison, au mépris de la sentence rendue par la justice mexicaine. Tout ce qu’il y avait gagné fut une brouille durable avec le Mexique. Mais sans doute ne connaissait-il pas ou n’avait-il pas médité, lui non plus, l’histoire des bourgeois de Calais.

On ne mettra pas en doute les bonnes intentions dont sont pavées les interventions de nos dirigeants actuels. Qu’ils nous permettent de leur dire qu’elles sont contre-productives et deux fois imbéciles.

Une première fois parce que l’Indonésie, modeste pays émergent peuplé de deux cent cinquante millions d’habitants, riche en ressources naturelles et en plein développement, n’attend ni ne redoute rien de la France, son dix-huitième partenaire commercial. Nous aurions plus à souffrir qu’elle d’un refroidissement de nos relations.

Une deuxième fois parce que ce n’est pas en affichant un mépris très français pour les policiers, les tribunaux et les lois d’un pays tiers que l’on gagne son opinion et que l’on amadoue ses autorités. Si la peine de mort ne figure plus dans notre Code, elle est inscrite dans le droit indonésien et le président Widodo n’hésite pas à la faire appliquer, y compris, voire de préférence, à des étrangers. Lorsque l’on a à solliciter une grâce de quelqu’un qui est en position de force, il est plus judicieux de faire appel à sa clémence que de montrer son arrogance.

Rien n’est dangereux comme un défenseur maladroit pour celui qu’il prétend défendre. La France, dans cette affaire, soutient Serge Atlaoui comme la corde le pendu…

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