Dans l’actualité de ce début de semaine figure une étude de chercheurs de l'INSERM publiée dans la revue scientifique The Lancet : la France connaît une hausse inquiétante de la mortalité infantile. Entre 2012 et 2019, pour 1.000 naissances, notre pays est ainsi passé de 3,3 à 3,5 de nourrissons de moins d'un an, soit 0,04 mort supplémentaire et un « excès » de 1.200 décès chez les enfants de moins de 1 an, cela sans qu’on en connaisse exactement les raisons.

Élément qui ne figure pas dans cette étude mais a fait l’objet d’un rapport sur « les 1000 premiers jours » commandé (et largement ignoré) par le ministère de la Santé : une femme sur trois souffre désormais de dépression post-partum (Elle, 24/9/2021), au point que le suicide est devenu la deuxième cause de mort maternelle dans notre pays. Des données qui sont évidemment à mettre en rapport avec le sujet précédent. Le Pr Martin Chalumeau, pédiatre à l'hôpital Necker (Paris) et coauteur de l’étude du Lancet, rappelle que la France était, jusqu’au début des années 2000, la bonne élève de l’Europe, puis tout a commencé à se dérégler, pour parvenir à cette augmentation de 7 % de infantiles en moins de dix ans. Or, selon Le Point (1er mai), « pendant toutes ces années, les pays scandinaves, avec lesquels la France rivalisait d'ordinaire, ont continué à améliorer leurs résultats et atteint un taux de 2 décès de nourrissons pour 1.000 naissances en 2019 ».

Quelles en sont les raisons ? « Il n'y a aucun moyen de savoir précisément ce qui a participé à ces décès et donc aucun moyen, non plus, de savoir comment réagir pour les éviter », ajoute le Pr Chalumeau, cela parce qu’on se refuse à donner des informations pourtant cruciales sur « l'état de santé du nouveau-né avant sa mort, le parcours de soins ou l'état de santé de la mère ».

On sait seulement que la majorité des décès surviennent dans les vingt-huit jours après la naissance, alors des motifs viennent à l’esprit : on ne reste plus à la maternité comme on y restait autrefois. Sans complications graves, c’est le retour chez soi après 48 heures, souvent sans personne pour accueillir une jeune mère paniquée. Plus âgées lors du premier accouchement, les femmes ont aussi davantage de grossesses multiples : 16 accouchements sur 1.000 concernent des jumeaux, soit 70 % d’augmentation depuis les années 70 (Le Point, 1er mai).

Enfin et surtout, il y a l’état désastreux de nos services hospitaliers, la question de « la déshumanisation de l'accouchement et du post-partum » étant devenue un véritable sujet de société qu’on ne peut séparer de la mortalité des nourrissons.

Dans la bouche des femmes comme dans celle des professionnels reviennent des mots terribles comme « violences », « humiliations », « boucherie » et même « abattage », pour reprendre les mots d’Adrien Gantois, président du Collège national des sages-femmes de France (CNSF) au magazine Le Point (9 février 2022). Selon la même source, le Pr Olivier Picone reconnaît « des situations où l'on est à la limite de la dangerosité, voire dans la dangerosité, parce qu'il n'y a pas assez de personnel pour surveiller tout le monde ». Et Anna Roy, sage-femme qui a exercé dix ans dans la réputée maternité des Bluets (Paris), l'affirme elle aussi : « Oui, on peut dire que les maternités sont devenues des lieux de maltraitance. » Elle résume ainsi la situation : « Aujourd'hui, accoucher revient à jeter un dé en l'air. Si vous avez de la chance, vous allez tirer le bon numéro et tomber sur une garde super, avec peu de monde en salles de naissance et une équipe aux petits oignons. Si vous n'avez pas de chance, vous allez être massacrée. »

2 mai 2022

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