À l'occasion du lancement de sa nouvelle formule, Boulevard Voltaire vous propose une série de courtes interviews. Chaque jour, une personnalité — politique, intellectuel, artiste, sportif, etc. — répondra à une question, toujours la même, qui correspond aux interrogations du moment. Aujourd'hui, nous accueillons avec bonheur Ivan Rioufol…

Crise de régime, crise de société ou révolution : selon vous, sommes-nous en 1958, 1968 ou 1788 ?

Cette révolte des Oubliés est spécifique. Elle pourrait ressembler à 1788 dans sa fronde fiscale et son rejet des aristocrates de la pensée lisse. Mais les intellectuels en sont absents : les Voltaire et les Rousseau roupillent, anesthésiés par quarante ans de discours labellisés. Elle pourrait ressembler à 1958, car elle dévoile une grave crise de régime, née d’une faillite de la politique. Mais il n’y a aucun homme providentiel à l’horizon, pas de De Gaulle en vue. Elle pourrait certes ressembler à un 1968 à l’envers, car c’est une société devenue majoritairement conservatrice qui remet en question quarante ans de relativisme. Mais la droite, inexistante et sans doctrine, est incapable d’accompagner ce fort courant populaire. Ces graves lacunes rendent imprévisibles les colères du peuple abandonné.

Quand j’ai écrit, en 2011, De l'urgence d'être réactionnaire, je décrivais cet état d’exaspération latente d’une société civile incapable de se faire entendre et considérée comme négligeable par les élites parisiennes. Un des chapitres s’intitulait : Vers une insurrection civique. On y est, plus vite que je ne l’imaginais. L’accélération de l’histoire est en cours. La multiplication des jacqueries et des protestations est l’expression de cette France réactive, excédée, qui a décidé de reprendre son destin en main. Il y a un lien entre La Manif pour tous, les ou les Pigeons : derrière ces mouvements disparates, c’est la France silencieuse qui s’impose comme nouvel acteur politique, avec l’Internet comme outil fédérateur.

Pour ma part, j’ai nommé ce bouillonnement, sympathique dans son anarchie, du nom de révolution des Œillères. Je veux dire par là que le poids des réalités occultées est devenu tel qu’il oblige les corps intermédiaires, à commencer par les partis et la presse, à regarder les réalités en face et jetant aux orties leur dénégationnisme : cette idéologie absurde qui refuse, par dogmatisme, d’admettre les faits et qui accable ceux qui les vivent, s’en plaignent ou les décrivent. C’est la France qui souffre, économiquement et identitairement, qui a rompu les liens avec ceux qui étaient censés la représenter. Le problème est qu’aucune digue n’a été prévue, faute de réflexions collectives. Cet immense ras-le-bol, s’il n’arrive pas à être compris ni canalisé rapidement, peut malheureusement amener la violence.

23 novembre 2013

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