Les treize régions, qui ont la charge des lycées, vont donc publier, pour la rentrée de novembre, un livre de caricatures politiques et religieuses à destination des lycéens. « Nous, présidents des régions de France, prenons aujourd’hui l’initiative de préparer la publication d’un ouvrage rassemblant les caricatures religieuses et politiques les plus marquantes parues dans la presse régionale aux côtés de celle parues dans la presse nationale. » Un ouvrage qui devrait être réalisé avec le concours d’historiens, nous dit-on. « Nous allons demander à un collège d’historiens d’y remettre en perspective le droit à la caricature dans l’histoire politique de notre pays », a précisé Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et président de Régions de France. Pourquoi pas.

Cependant, un ouvrage à la diable ou à la va-vite est à craindre. Qui sont ces historiens et, surtout, qui seront les caricaturés ? Évidemment, la poire Louis-Philippe nous semble incontournable. Pas grand risque que cela déchaîne la colère de la maison d’Orléans, qui en a vu d’autres. En cette année de Gaulle, le très gaulliste Muselier pourrait même suggérer la caricature du grand Charles en monarque louis-quatorzien ou même, puisqu’il n’y a pas de limites dans la liberté de caricaturer, la une de L’Hebdo Hara-Kiri à l’occasion de la mort du Général en 1970 : « BAL TRAGIQUE A COLOMBEY – 1 MORT ». Dans les caricatures politiques plus récentes, verra-t-on celle de Nadine Morano, représentée en enfant trisomique du fondateur de la Ve République, par Riss dans , en octobre 2015 ? Une caricature que Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, avait jugée alors, non sans raison, « radicalement honteuse ». À l’époque, Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône, avait d’ailleurs réagi vivement : « C’est moins risqué, l’“humour Charlie”, quand il s’en prend aux plus faibles… Pas vrai ? » Cet album épargnera-t-il certains ou certaines pour se concentrer sur certaines et certains autres ? On attend ça avec impatience. Avec impatience, aussi, le volet religieux de cet ouvrage. La diversité cultuelle que l’on se plaît à vanter dans notre belle société française s’y retrouvera-t-elle tout entière ? Tout entière ?

S’il n’est pas trop tard, puis-je faire une suggestion aux présidents et présidentes de région qui ont adhéré unanimement au projet ? Qu’un trombinoscope de leurs treize bobines caricaturées sans concession vienne illustrer la page d’envoi. La démarche n’en serait que plus crédible et sincère. Xavier Bertrand, Carole Delga ou Valérie Pécresse sont certainement de bons clients.

Une fois cet ouvrage publié, diffusé, distribué, commenté dans nos lycées de France, il sera peut-être temps de passer à une autre phase. Tout aussi compliquée, peut-être : expliquer que la France ne se résume pas à une caricature. Que la France, ce n’est pas seulement les fesses de Mahomet sur la couverture de Charlie Hebdo auxquelles on préfère celles de Bardot dans Le Mépris. C’est aussi un ange de pierre qui sourit pour l’éternité sur la façade nord de la cathédrale de Reims. En septembre 1914, il fut décapité par une poutre d’échafaudage en flammes et faillit disparaître pour toujours. C’est peut-être cela, aussi, la France : pas une grimace, mais un sourire qui ne s’efface jamais. Enfin, on l’espère. Je dis ça, je dis rien, mais si on veut faire aimer la France, c’est peut-être par là qu’il faudrait commencer.

23 octobre 2020

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